Y’a des jours, que je me dis, vaudrait mieux tout laisser tomber, la plume − j’arrive pas à écrire au clavier, y’a rien qui vient −, les chants grégoriens, la recherche constante de lieux tranquilles − de moins en moins facile à trouver ceux-là −, les chants grégoriens − ça c’est justement quand je n’arrive pas à trouver de coins tranquilles − et pis les cahiers − j’aime bien les cahiers noirs, en Moleskine, mais attention, hein ? pas de goût de luxe, que nenni ! Juste que c’est très pratique.
Mais bon, peu importe, y’a des jours, que je me dis, vaudrait mieux envoyer valser les mots, les phrases, les idées, l’envie constante d’exprimer les paysages, les nuances, l’infernale, la fatale banalité des vies. Tout un programme ! Oui, faudrait tout jeter, passer au travers de tout ça, l’œil un peu glauque, l’esprit ailleurs − surtout pas ici, surtout pas mai’nant −, le corps en pourriture joyeuse. Une sorte de répétition générale, quoi ! Mais c’est ki voudront encore des choses, hein ? hein ? Y voudront mon corps, mon esprit, mon attention, ma concentration, les esclavagistes ! Y voudront demander, limer, sucer ce qui me reste encore de lumière. Y voudront m’attirer encore dans leurs tourbillonnantes emprises, me faire croire qu’au bout, tout là-bas au bout du travail, y’a un projet, un horizon, un livre. Oh, un livre ! C’est beau les livres, j’aime beaucoup les livres. Je les aime tellement que je ne sais plus où les mettre. Et pis j’aime les mots aussi, y’en a partout des mots, chez moi, dans ma tête surtout, y s’amusent, peinards, farandoles joyeuses, s’absentent − surtout quand on cherche LE mot idoine −, reviennent, frais, bronzés avec une copine des fois, harmonie sympathique, rime peut-être, assonance souvent. Voui !
Alors voici les mots, y démangent, y gratouillent, y donnent envie de gratouiller plus loin, sur le cahier en Moleskine, justement, y dessinent, esquissent l’histoire qui, comme d’habitude, n’en sera pas une. Ils peignent, une fois de plus, le tableau archiconnu dans lequel ils prendront place, se bousculant, se marchant sur les pattes, se chicanant les uns les autres, pire que des gosses. Faudra les mater un peu, en sacrifier quelques uns, voire, une population entière, afin d’arriver au glissement. Intense travail de lissage !
Bon, d’accord, c’est reparti, mais juste pour cette fois, hein ? C’est d’ailleurs, ce que je me dis à chaque fois et comme je ne sais pas dire non − vieille faiblesse −, je travaille sur quatre ou cinq projets à la fois.
J’vous dis, y’a des jours où faudrait tout laisser tomber. Et plus qu’écrire.
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