Mercredi 25 juin 2008
3
25
/06
/Juin
/2008
10:13
Un blog, au fait, journal de bord ? Propagande ? Ondes d'ego envoyées un peu partout, moyen d'échange, prospection de la mine Internet. Recherche ? Nous
irons par petits textes, nous nous promènerons un peu, nous irons, comme on dit, mais pas toujours :
Sortir, marcher. On est dehors, quelque part assis. Quelque part assis. Devant soi, à quelques mètres, le flot long des forces vives de la nation, l’ininterrompu
flot long des fraîches forces et qui vont, vont encore, vont toujours leur aller. On est assis. Ils vont, il faut qu’ils aillent, il le faut, vers le travail. Le regard un peu plissé par les
fumées de la ville, celles de l’avant-dernière cigarette mais le regard droit devant, déjà plus loin. Ils portent des serviettes très fermées, comme leur veste. Ils écoutent des musiques dans
leur baladeur. Ils essayent de ne pas être encore plus loin. Ils rêvent peut-être. On est assis. Ils rêvent sans doute, ils songent à des samedis, à d’autres ciels, d’autres vies, pourquoi pas.
Ils rêvent bien sûr. Ils s’éprennent d’un subtil accord, s’attardent en des textes parlant d’un amour qu’ils ne connaîtront jamais, qu’ils espèrent malgré tout, auxquels ils pensent parfois le
soir quand, abrutis de fatigue, d’alcool, de somnifères, ils s’apprêtent à basculer, à goûter un peu au néant. On sait tout ça, on reste assis. On est assis tandis qu’ils passent, frôlements des
bras sur les vestes, claquement des talons sur le trottoir. Ils sont beaux, elles sont belles, ils sont apprêtés, prêts, prêtés. Donnés parfois. Dans leur sillage se mélangent les notes
parfumées. Un peu d’eux encore, puis ils sont oubliés, ils sont passés. Mais d’autres surgissent, viennent, interviennent. On est assis. Ils parlent avec de grands gestes, ils existent un peu,
ils le pensent, sérieusement. Ils vont là-bas où tous vont, ils rient, marchent un peu plus vite, l’heure avance, ils passent avec et par le temps. Ils sont au temps autant qu’on est assis.
Certains courent, allez savoir vers quelles urgences. Certains courent, d’autres consultent leur montre. Ils passent dans le temps, ils sont le temps à celui qui est assis. Beaucoup téléphonent
en regardant leur montre, en courant. Ils sont en retard, ils s’excusent, ils n’ont pas le temps. Beaucoup téléphonent. On est assis.
Lorsque point le soleil, les rues sont vides. On reste assis.
Elles arrivent alors, doucement, les vestes beiges avec leur cabas, claudiquant un peu, tout doucement. Elles ont les yeux plissés derrière leurs lunettes, à cause
du soleil, parce qu’elles ne sont plus à leur vie. Elles sont seules, souvent. Elles ont d’ailleurs toujours été seules, toute leur vie. On sait cela. On est assis. Elles portent de grandes
sacoches en cuir, brunes. Elles passent, tranquillement, à la vitesse de leurs douleurs, de leur arthrite, de leurs varices. Elles ont les souliers rembourrés où se nichent les orteils détruits
par les escarpins d’avant. Or, elles avancent, mâchouillant leur dentier avec des regards un peu courroucés pour les jeunes qui traînent encore les rues. On est assis. Le soleil chauffe gentiment
les poussières de la ville, vient nuancer leurs cheveux bleuis. Mais il faut qu’elles passent, qu’elles aillent cueillir leur deux ou trois carottes et, pour le soir, la petite tablette de
chocolat. Elles plissent les yeux, cherchent quelque visage familier. Elles aiment échanger des paroles, peu importe avec qui, elles aiment les paroles, ça les garde un peu en vie. On sait bien,
cela. On est assis. Mais, vite, vite car déjà voici les mamans avec leurs petits, les futures fraîches forces vives de la nation.
On est assis. On restera assis, on sait bien cela.