Dimanche 22 mars 2009
Soirée bleutée sous les cendres en cours des rêves estivaux.
La pérennité s'étendait au-delà du réel circonstanciel. Voguer.
La mer s'étendait, devant, attendant. Elle était le ciel où se projetaient nos regards soudain amnésiques de tant de grâce. Nous n'aurions vu, n'aurions été et nous fichions d'en savoir cause et effet.
Tout eut un sens, une logique. Cela dût suffire.
Les vagues parvenaient en spasmes réguliers. Grande était notre ivresse tandis que passait le flot aveugle des gens. Ils sentaient sans savoir, ils parlaient plus bas, se faufilaient, comme honteux. Mais, ils ne pussent deviner. Ils nous prêtèrent d'étranges façons, de drôles de comportements, nous passaient au travers tels spectres, telles irréelles entités.
L'air doux caressait nos corps et nos coeurs, invitant à l'immersion. La musique était partout silencieuse, sachant bercer ce qui n'était déjà plus substantiel.
Nos sourires béats étreignaient doucement l'arrondi horizontal s'étendant à l'infini devant eux. Nos regards y riaient d'étonnants voyages.
Nous étions repus d'inconnu, en redemandions à chaque instant. Nous savions l'illimitée jouvence et nos abstraites jeunesses s'en repaissaient sans repentir.
Joie, joie, eussions-nous crié aux noirceurs improbables et nous ne comprenions pas les voyeurs résignés.
Par David Charles - Publié dans : Textes - Communauté : Interlignes
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Samedi 14 mars 2009
Elle a mis son manteau jaune, son écharpe en laine blanche. Elle a passé du temps à l'ajuster. Non qu'elle ne sait pas bien mais ses mains ont tellement tremblé. Un peu d'excitation, beaucoup d'arthrite.
Comme toujours, elle a tout rangé. Même la petite tasse de thé bue pour réchauffer son trajet, lui donner du courage, lavée, séchée, rangée. Comme quand il était encore là, comme depuis cinq ans.
Hier, elle est allée chez la coiffeuse : "Car il faut me faire belle, vous savez." Toujours la même, les vieilles gens son fidèles, pour la plupart. Elles ont papoté, elle lui a proposé une coupe jeune, osée, elles ont ri, un peu. Elle lui a fait une mise en plis, un soin et sa couleur doucement bleutée. Elle s'est sentie plus jeune, presque de la force. Alors, elle lui a laissé un bon pourboire. Pour le soutien-gorge disait Armand. Elle n'aimait pas, ça la faisait rougir. Hier, elle s'est souvenue, elle en a souri. Sacré Armand !
Elle revient au miroir, arrange sa broche, ses vagues dans les cheveux du plat de la main. "Car il faut que je sois belle, aujourd'hui." Elle l'entend encore : "Alors Simone, tu es prête ?" Oui, oui, je me hâte. Une goutte d'eau de Cologne sur ses pommettes, dernier présent, à économiser. Elle y renonce parfois. Il faut qu'elle aille jusqu'au bout.
Après, elle s'assoit, se chausse. De plus en plus difficile. Mais pour lui, elle a toute la force du monde. Les femmes ont d'invraisemblables ressources, que les hommes n'ont pas. Elle se dit, malgré tout, qu'à sa place, pour elle, il eût la force, Armand.
Elle prend sa canne, sort.
Elle va, doucement, le long de la route où passe jeunesse vrombissant. Les yeux sur le trottoir, à cause du vent et des poussières qu'il soulève et viennent chagriner son regard.
Elle va, doucement, visiter celui qui n'existe plus et qui attend peut-être, en toute patience, la présence de l'aimée. Soixante ans de mariage, pensez donc ! Il y avait de quoi se faire belle. Elle songe qu'un jour, elle ne pourra plus aller le long de la route où passe la jeunesse vrombissant. Il y aurait toujours le taxi. Mais le taxi, c'est bien cher. Elle irait moins souvent. Elle se sentirait coupable. Elle en tremble déjà, seule sur le trottoir bientôt jugé inutile et détruit pour agrandir l'espace où passe la jeunesse enivrée.
Elle ne rencontre personne et même si, on se croisât sans un mot. Le chien même n'aurait pas levé la tête.
C'est une vieille qui va au cimetière.
Elle arrive, prend l'arrosoir, le remplit à demi. Elle ne peut plus tant porter lourd. Les fleurs ont-elles tenu ?
Devant la tombe, elle se signe, dit une prière. Après, il est là, alors elle lui parle, lui demande des conseils, espère que tout va bien. L'hiver arrive, devrait-elle déjà enclencher le poêle à mazout ? Oui, tu as raison, attendons un peu, ça fera des économies. Mais je vais quand même faire des provisions, on ne sait jamais.
Elle lui parle du bout des lèvres, pour que personne n'entende. Et puis s'étend le temps. Il lui faut bien rentrer avant la pénombre.
Mais elle reviendra, oui mon Armand, elle reviendra.

Par David Charles - Publié dans : Textes - Communauté : L'acte d'écrire
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Samedi 14 mars 2009
Il va partir l'homme des brumes. Son beau, son fort, sa montagne. Il n'y aura plus d'homme en réponse à son écho primitif. Il lui en a parlé, vapeurs de mots au sommet du mont qui ne se dégagera jamais.
Les hommes se cachent, comme on le leur a appris. Ne disent pas les mots, restent aux camps de base installés pour eux dès l'enfance. Vapeur de mots au sommeil sentimental. Sentiments mis en sommeil, exprimés en clair de cierge un soir d'automne parce que dérangeant, insistant. Un aveu avant les frimas, lorsque la nuit - toutes les nuits possibles - commence doucement à faire peur.
Cette ténacité dans le non-dit mène aux oeuvres les plus belles. Chaque tableau, chaque chanson, chaque poème trahit un sentiment non avoué.
Par David Charles - Publié dans : Textes - Communauté : Figer le monde...
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Dimanche 8 mars 2009
Il est assis dans le café. Il est seul devant son verre. C'est l'image banale d'un homme.
Il attend. Il a l'habitude d'attendre. Cela fait dix ans qu'il attend. Le retour de sa femme, un coup de fil des enfants; un travail.
Trop vieux et pas encore assez.
Alors, il attend.
Il n'espère plus, non, il n'est aucune attente dans son attente.
Il pût être heureux. Il le pût. Ayant le temps, il a l'espace, tout l'espace. Et de ses lieux et de sa vie. Mais trop d'espace est sans doute nuisible. Il y pense, de temps en temps, pour combler ce trop d'espace. Il songe la liberté dangereuse à ceux n'ayant appris qu'à suivre des règles. Il y a trop de règles, d'ailleurs. Il y a trop de règles parce qu'il y a trop de gens malhonnêtes. Il y pense aussi. Il est honnête, lui. Trop, peut-être, mais il a tellement peur d'être montré du doigt. Il ne supporterait pas. Ça lui souviendrait l'école et tous ces instants où il fut le coupable prétexte aux actes coupables des autres. Cette angoisse est restée. C'est pour cela qu'il se cache, n'ose à peine plus déplacer l'air lorsqu'il marche.
Il ne regarde plus les autres, autour, leurs mouvements ne l'intéressent plus.
Il n'écoute plus le monde, autour, ses délires lui sont connus. Qu'il aille où il veut, le monde.
Il ne comprend pas tous ces gens parlant avec tant de sérieux d'une telle comédie. Il en sourit.
Il recommande un verre, sans un mot. On sait ses gestes et l'horaire de ses consommations. On sait qu'il attend, on lui fout la paix.
Jour après jour, il se brouille l'esprit au café Liberté afin de, peut-être, ne pas songer trop à ce qui l'attend, de façon certaine.  
Par David Charles - Publié dans : Textes - Communauté : Ecrire
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Dimanche 8 mars 2009
Leur incessante parlotte, leurs urgences, leur petit moâ moâ, leurs bagnoles, leurs gosses qui gueulent, leurs chiens qui m'aboyent contre, leur façon de marcher lentement au milieu du trottoir, de boucher le passage dans les supermarchés, leurs petites combines pour échapper aux flics, au travail, le regard des filles qui se pensent belles, leur façon de se prendre au sérieux, leurs attentes, leurs convictions, leur mignardise, leur pusillanimité, leur jouée mansuétude, le bruit, inaltérable, que fait leur moâ, moâ, l'absence de poésie, la présence lourde du marché dans l'art, l'absence d'idéologie solide, la mode, la publicité, le manque de silence, de forêts, de lacs, de poésie, de paix, les sonneries de mon portable branché sur "assume", les débits sur mon compte, les voleurs, les menteurs, les zélotes, le stress, l'imbécillité, la connerie, le moâ, moâ de l'Etat, de la région, du département, leur débit sur mon compte, ceux qui se foutent de ma gueule et n'hésiteront pas à me la casser à la première occasion, l'absence de justice vraie, de vérité, les juges n'étant pas omniscients, la tristesse, les larmes, la maladie, l'inconnu, les questions que l'on doit se poser parce que d'autres en ont décidé ainsi et moâ moâ moâ !
Par David Charles - Publié dans : Chamellerie - Communauté : Interlignes
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Samedi 28 février 2009
Une fontaine bruite doucement de par l'eau sortant qu'étincelle un soleil à nouveau réchauffant.
Il n'y a que cela. Il n'y a plus que cela soudain et c'est merveilleusement rassurant. Tout le reste est éclipsé, dilué dans une sorte d'insonorisée, d'opaque transposition du monde. Nous ne vivons plus à la même fréquence. J'ai d'ailleurs l'impression qu'il en a toujours été ainsi.
Rien de particulier, bien sûr. Rien de personnel. Au contraire.
Là, dans la lumière délicate, se présente le symbole renvoyant à l'essence celui qui tente d'en saisir la signification. Oui, mais pourquoi ? On le sait tous.
Je resterais des jours, des années, je ne verrais pas tout. Même, je ne voudrais pas tout voir. J'aime ce qui amène, j'adhère au mystère. Surtout, je ne m'en fais plus, ce qui m'incite à penser que ma pourriture est en bonne voie. Ça m'amuse. Je ne crains, finalement, que la douleur.
Je me contente de noter une rencontre qui ne peut avoir de lieu. Elle est dans cette fréquence-là, insoumise à la fois et offerte sans condition.
Il est une interaction inédite entre ce liquide-là et celui composant une grande partie de mon corps. Il se passe un échange, un dialogue insaisissable, or une attirance, une soif ressenties sans peine.
Ça parle. Ça me parle.
C'est juste à côté, au coin de la rue, c'est le parc où personne ne va jamais parce que trop près. Tant mieux, je n'aime pas voyager.
Bien, je laisse s'étendre ce doux délire spatio-temporel. Oui, rien que ça ! L'autour reste dans le trouble, tout va bien. J'y reviendrai, j'y ferai un saut plus tard, histoire de m'assurer que rien n'a changé. Le temps m'étant tout entier prêté, je le prends, m'y dépose, attends.
Fontaine, source, pluie, comètes, matériau stellaire, extinction de la lumière, explosion primaire. Rien.
Sartre s'en mêle et j'approuve dans l'immédiat ces mots qu'il vient me glisser, de très bonne humeur : Rien. Existé.
Nous ne saurions jamais rien faire de plus ample.
Là, tout de suite, dans le soleil : Rien. Existé. Il faudrait pouvoir le dire de chaque journée passée, l'une après l'une. J'interprète à dessein. On pût dire : Rien. Vécu. Ou mieux : Rien vécu. Sympathique assertion alors qu'est généralisée la bougeotte.
J'y reviens : Fontaine, source, pluie, comète, matériau stellaire, extinction de la lumière, explosion primaire. Rien. Existé. Rien. Vécu.
Nous voici au centre de l'impression. C'est le souvenir d'un vécu. Il doit exister une mémoire globale.   
 
Par David Charles - Publié dans : Textes - Communauté : Figer le monde...
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Jeudi 26 février 2009
Bourdonnez-moi ces mots-là que je n'attends pas. Dites en murmures paresseux le souffle lent du sentiment particulier.
Approchez vos lèvres, que j'entende jusqu'au frisson de leur jour. Penchez-vous doucement. J'aimerais ce parfum porté en vos sorties et qui sait, peut-être en demanderais-je la provenance.
Vous auriez à dire, je voudrais écouter, avoir confirmation des ciels perçus plus tôt en vos yeux. Mais j'ai si peur de me tromper. On juge si mal étant charmé et l'on sait les femmes joueuses en la matière. Elles ne désirent parfois que plaire. Et l'homme est enfant, il veut tenir ce qu'il s'est mis à aimer.
Dites-moi sans attendre ce qu'il vous sied de m'avouer. L'homme est enfant, vous dis-je. Il craint toujours le rejet. Il est perdu, l'homme. Sa force est vive mais s'épuise vite. Il est chasseur et guerrier mais ne porte pas d'enfant. L'homme n'est pas fait pour la durée. Vous le savez. Parfois, vous l'oubliez, comme il oublie aussi d'exprimer tendresse et compassion. Il ne supporte pas la douleur, ni la sienne, ni celle de ceux qu'il aime. Il peut paraître méchant, mais c'est par impuissance.
Revenons à nous. Vous ne me touchez pas. Or je sens une chaleur, celle d'avant les mots. Et cela me gracie Glissez-moi donc d'une inflexion toute tendre le produit de vos tus.
Aurais-je mal lu en votre regard ? L'idée me dérangeât, m'accablât, pour un peu. Mais je n'ose me prêter à ce jeu de l'interprétation - que vous attendez peut-être. Il s'agit-là d'une faculté féminine.
Ne me croyez donc pas impatient et sachez-moi craintif, puisqu'encore je ne connais la teneur de votre propos.
Dites, simplement, comme vous diriez à l'urne, à la tombe. C'est en trop tard, souvent, que l'on ose les mots vrais. Il fallût parler aux gens que l'on aime comme fussent-ils déjà un peu plus loin.
N'allez surtout pas songer à de macabres intentions, ma bonne humeur est permanente. J'ai, cependant, de grandes sympathies pour les endroits où le jeu a cessé.
A l'instant-même de vos murmures approchant se fait l'un de ces lieux.  
Par David Charles - Publié dans : Textes - Communauté : Interlignes
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Dimanche 22 février 2009
Chère amie,

Vous me notez un soleil, des parfums de moi inconnus, des rencontres essentielles qui rassurent - mais oui - sur la nature humaine, des allers poudroyant par des routes non encore bétonnées d'obligeances commerciales.
Vous me signifiez des êtres vivants - et je rajoute à dessein : vivants - dont l'existence prête à l'âme l'impulsion délicieuse d'un répondant.
Les souvenirs se créent et se mêlent aux années d'antan dont vous faites un présent toujours, me semble-t-il, sis au sein de vos minutes. Où que vous soyez.
Il neige en mes lieux, sans discontinuer, et la blancheur du paysage à l'entour s'étonne et s'émerveille des souriants saris dansant en chantant vos jours.
Contrées respectueuses. On a les couleurs qu'on mérite.
J'imagine - me trompé-je ? - des voeux de sédentarisation.
Ces plages sous le ciel scintillant, desquelles vous jouiriez, soir après soir, bercée du ressac murmurant quelque sempiternelle vérité. Et le feu, le feu ! fascinant, si symbolique auprès de l'eau. Ce même feu souvenu soudain dans quelqu'âtre d'un ailleurs moins tempéré.
J'écris à l'été d'un hiver.
Il est bon de savoir un autre monde dans le monde.
Par David Charles - Publié dans : Messages - Communauté : Ecrire
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Dimanche 22 février 2009
C'est parfois trop lourd. Cela n'est pas fait pour soi, ça porte trop loin. On se referme alors, on ferme les yeux, le coeur se révolte. Iniquité, abandon, solitude extrême. Celle des idéalistes !
Les images tyrannisent. L'exclusion, l'indigence d'une partie du monde, les contacts humains que l'on n'a plus, la déchirure du ciel, l'enfant qu'on torture, la guerre et l'indifférence.
Et viennent les larmes silencieuses, l'âme s'étire, désire s'épandre, s'enlever au décor. On craque, on devient sentiment tout entier. Cela fait mal.

On est au centre de la douleur.


On ferme les yeux plus fort. On pense à ses prédécesseurs, à tous ceux qui sont morts pour soi, à ceux qui ont offert leur vie, leurs espoirs pour une liberté, une paix dont on se fout. On se met à haïr, profondément ceux qui n'ont pas pas d'idéaux, qui vivent dans la haine ordinaire ou l'hypnotisante infatuation et qui en retirent de la fierté. On les veut morts, dans l'enfer que connurent sur terre ceux qui ont payés à prix coûtant leur billet d'entrée.


Les "héros" d'aujourd'hui ont de vomisseuses flagrances.

Le jeu médiatique aura une fin. Ce sera la naissance d'un nouvel homme, plus conscient de ce qu'il est. Il faudra une crise, sans doute, il faut toujours une crise, une grande et atroce crise.

Incorrigible animal qui ne sait (ré)fléchir toujours qu'après.  
Par David Charles - Publié dans : Textes - Communauté : Figer le monde...
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Samedi 21 février 2009
De quoi parlons-nous ? Mais de rien, de rien.
Laissons le temps, voulez-vous, doucement aller et taisons-nous. Ne bougeons plus.
Tout est ici, donc partout, donné. Choisissons avec soin les endroits où s'écouleront nos minutes pareilles. Nous n'en pourrions, même y restant toute une vie, tout en saisir.
L'abondance est sans valeur.
Par David Charles - Publié dans : Textes - Communauté : Interlignes
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