Samedi 14 février 2009
Ils interprètent, toujours. Ils disent ceci veut dire cela. Ils boutiquent avec des bouts de ficelle, savent le point de la douleur et sous des airs doucereux, faussement emphatiques - ils ne connaissent que le mot -, le travaillent, l'infectent, y mettent leur part de bactérie.
Ils aiment parler des heures de choses qu'eux seuls et leur société d'intellectuels pensent justes et bonnes. Ils sèment le trouble, la vilenie, le désordre mais ils le font pour la bonne cause puisque tous le disent.
Ils ont raison d'avoir tort puisqu'ils ont tort dans la majorité. Ils prennent leur mission au sérieux, bien entendu. Bons soldats ne reculant, ne se posant de questions qu'en présence d'une nouvelle majorité.
La morale, même, est une mode.
Par David Charles - Publié dans : Textes - Communauté : Interlignes
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Samedi 7 février 2009
Ces moments de la nuit où plus rien n'est, que le ronronnement du congélateur. Un temps infini. La nuit n'enfantera plus, elle ne précédera plus.
Il est bon de veiller, de pouvoir mettre en veille les ancestrales stratégies d'autodéfense. Il est bon, à cette heure, de ne plus se sentir rien, sinon quelque chose (!) de fragile, extrêmement, quelque part au sein d'un bras galactique. Perdu. Oui, perdu mais dénué d'envie autre que celle d'en travailler la sensation. L'idée de Dieu ne saurait être abaissée au réconfort de l'être. Il ne faut rien en attendre, ni prétendre à son attention. Il faut être patient.
Trois heures trente minutes. C'est l'heure à laquelle l'insomniaque n'ira plus se coucher. Le jour, déjà, s'apprête à poindre, le nombre d'heures résiduelles étant trop restreint, l'apparition au lieu du labeur devant se faire ponctuellement. L'insomniaque envie ceux que la question n'empêche pas de dormir. Ils se lèveront d'ici quelques heures, motivés. Ils iront, d'un entrain qu'il ne comprend plus, qui lui apparaît faux, joué, non durable. Ils auront oublié.
Cela est bon, d'oublier.
Oublier est chose difficile à l'insomniaque. On ne souffre jamais que d'insomnie. Elle est cette douleur, trahissant la maladie. Cette maladie est souvent un surcroît de mémoire, une tension qui ne veut s'éteindre.
L'insomniaque se souvient, trop. 
Par David Charles - Publié dans : Textes - Communauté : Figer le monde...
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Dimanche 1 février 2009

Il

Il est comme ces pères qui ont tout compris mais ne disent rien. Par pudeur, parce qu'ils n'ont pas les mots. Comme ces mères qui auraient les mots mais qui n'osent pas. Silencieux, donc, il dit comme on ne dit jamais. Il chante sans paroles et ses murmures sont ces regards connus, qui rappellent et ramènent aux années percluses.
Il est ces grands-parents et tous les aïeux dont on est, directement parfois, puisque certaines caractéristiques passent les générations. Etrange atavisme.
Il est de ces avant soi, d'un temps dont l'idée vague vaque et souvient d'imprécis tableaux, desquels nous nous sentons acteur, sachant ne pas l'avoir été.
Il était, il est, il sera.
Il est, dans ce qui est, partie confondue, un peu d'éternité possible. Coalescent malgré tout, il est ce pour quoi tant se mettent en recherche, une recherche sans aboutissant.
Mais par cet exercice, échapper aux spasmodiques errances.  
Par David Charles - Publié dans : Textes - Communauté : Interlignes
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Dimanche 25 janvier 2009
Le plus tranquillement possible, à vau-l'eau, tentant d'éviter les écueils pour que puissent s'installer les mots. Leur siège est doux et précieux. La relation que j'entretiens avec eux ressemble à celle, j'imagine, aléatoire, que l'on eût avec une maîtresse, dans le début. Je me cache pour les recevoir. Nos ébats sont irréels, nos complicités immédiates et naturelles. A chaque fois, lorsqu'ils me laissent, je ressens une tranquille amertume, mâtinée de plénitude, de sensation d'avoir vécu. Vécu pour de bon.
Les artistes sont tous affublés de ce genre de maîtresses, auxquelles ils aimeraient s'adonner entièrement. Ils sont faiseurs de fusions, découvreurs d'infini, d'infatigables chercheurs d'horizons. Ils ne devraient jamais être au monde. Ils n'en sont d'ailleurs pas tout à fait. Ils n'ont pas nos yeux. Ils n'ont pas nos oreilles. Ils n'ont pas nos sens. Ils savent une lumière, ils désirent la partager. Ils ne devraient jamais devoir travailler. Ils ont plus important à faire. L'art est la seule maîtresse qui rend libre. L'emprise, même fatale, est complaisante, elle seule surmonte l'innée déliquescence.
Ceux-ci lisant, lisant vraiment, impliquant, donc, la rencontre, sont amants autant que l'écrivant.
On prend une musique en cours, une façon de dire. Lecture, dionysiaque d'abord. Un parfum qui plaît ou non, une mélodie qui accroche ou non. C'est la typicité du roman, la condition d'envol. Plus que l'histoire, le message, les considérations psychologiques. Le roman n'apporte aucune réponse. Il est invitation en randonnée sans écueils, durant laquelle plusieurs rencontres sont possibles.
Le libraire est, en ce sens, une agence de voyage. Or, il lui arrive de délivrer des billets d'infini. 
.  
Par David Charles - Publié dans : Textes
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Dimanche 18 janvier 2009
Vous vous arrêtez. Petite toile carrée, rien d'extraordinaire : un jardin d'avant. On entendît voler une abeille.

C'est le silence. Un silence plein. Vous n'êtes plus tout à fait là, ni ailleurs.
La connexion s'établit, un murmure se passe, non de mots fait. Cela vous parle, de façon exclusive, cela vous dit des choses. Vous le sentez, vous ne l'entendez pas. C'est à peine si vous le savez. Cela vous enchante, vous fascine, vous souffle une indicible souffrance, que vous prenez pour de la nostalgie.
Vous aimeriez vous fondre dans ce figé sublimant, vous savez cela impossible.

Vous restez alors, détaillant chaque lumière, chaque pointillé, chaque coup de pinceau. La vérité est dans l'infime. Cela veut dire quelque chose, forcément, puisque cela semble parler.

Vous êtes en transit. Vous pourriez traverser le monde dans cet instant. L'émotion, intense, n'est pas. Les extrêmes, mêlés, rendent une sensation inépuisable de constance. Vous ne ressentez plus d'être au centre du ressenti.

L'espace d'une telle rencontre se devine une âme.

C'est un donné que le vouloir ne saurait obtenir.

 
Par David Charles - Publié dans : Textes
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Dimanche 18 janvier 2009
C'était hier. Autour d'un piano animé de mains frêles mais précises, nous buvions une bière. Nous ne comprenions pas que l'on puisse parler alors qu'elle jouait. C'était comme insulter la musique.
Je l'ai regardée. Elle avait les yeux fermés. Elle inspirait plus fortement lorsqu'elle faisait ces notes-là qui me glaçaient le dos.
Il m'a semblé comprendre, dans un éclair.
Ce n'était pas pour nous qu'elle jouait...
mais pour la musique.
Dès lors, tout fut en ordre. 
Par David Charles - Publié dans : Textes - Communauté : Figer le monde...
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Dimanche 18 janvier 2009
terre lune mars et plus loin jupiter neptune plutôt pluton qu'uranus et puis c'est orion andromède puis l'amas immaculé vers lequel nous plongeons comme des fous nous vous tous bien tout cela glisse doucement mais à toute vitesse tandis que tout s'éloigne sur la baudruche en constant gonflage de l'univers tandis qu'elle fume une cigarette avant d'aller fumer le calumet de la paix déjà bien allumé dont elle est seule à savoir éteindre l'incendie tandis que j'écris d'une circonférence nulleparienne enivré d'un entrain pareil au mouvement expressif ambiant totalement libre et délivré puisque mort et puisqu'en vie bref en mort-vie envie de mort et de vie délié de l'une et de l'autre et je me vautre sans peine aux autres parallèles dont je suis la main l'encre et le ventre alors je fume l'écrit sans hâte dans le détachement des idées coulées de phrases d'un volcan non vu mais dont la production s'amasse sur la terre asséchée des mêmes qui font du même du micro-ondé à répétition car la question est la même mais qu'est-ce qui se passe quesse qui spasse qu'est ce qui se passe qu'est ce qui passe mais rien rien de rien sinon le temps c'est pourquoi il s'agit de se poser la bonne question et pourquoi pas qu'est-ce qui spasme aujourd'hui ici et partout mais voir sentir saisir n'est pas du ressort des spectateurs de loin des voyeurs qu'ils sont devenus par vision spécieuse interposée alors je échec et mat comme leur visage exposé au soleil télévisuel leur dieu leur raison d'aller travailler cependant que refroidit l'univers passent les idéologies idéaux logiques par les êtres en souffrance d'eschatologie  
Par David Charles - Publié dans : Infini - Communauté : Ecrire
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Samedi 17 janvier 2009
Sonnez signaux divers, directement aux coeurs en déréliction des hommes, seul zoomés  par les docteurs de l'âme.
Sonnez !
Sonnez sempiternelles compensations aux corps décors vibrant sous l'infini qui les casse sereinement.
Sonnez !
Ils s'éprennent, s'étreignent, s'astreignent, se lassent et recommencent.
Tourner en rond est leur seule aventure.
Sonnez promesses débiles aux corps morts consommant par défaut de substance subtile jusqu'à l'épuisement des substances vitales.

Sonnés, ils sonnent alors aux portes de la sagesse et s'emportent encore - les ingrats - qu'elles ne s ouvrent pas de suite à leur précieuse présence.
Par David Charles - Publié dans : Textes
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Dimanche 11 janvier 2009
Eole s'accordait ce jour quelque amusement tout gentillet et les champs y prêtaient leurs atours, bienveillant. On l'entendait chuchoter dans les blés et le maïs saluant avec révérence le passage de celui qui restait.
Un chahut parmi les feuilles oblongues, papotage exalté. Ces commères !
Au loin, au pied de l'horizon, l'ample forêt aux devinés individus, étirait ses faîtes sur la toile lisse intense. Pinceaux minuscules, plumets, plumes.
L'air était sec et doux.
Les chemins parmi les champs cachés évoquaient le révolu inscrit en l'éternité. Cette éternité-là, principe de la vie. Celui qui restait traversé de tout et tous.
Il aimait à considérer cela.
Par David Charles - Publié dans : Textes - Communauté : Interlignes
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Dimanche 11 janvier 2009
Cher ami,

Ainsi vous êtes parti. Sans bagages ou presque, vous allez vers l'inconnu de ces terres qui vous tentent tant depuis des mois. Ému mais non surpris. Vous en saviez l'échéance depuis des années sans que celle-ci, néanmoins, ne fut jamais précisée en temps et en heure. Et puisque nous y sommes, les heures vous sont acquises, dès à présent et la liberté, de facto réalisée, j'en suis sûr, vous improvisera d'autres vacances, toujours un peu plus hors, haut, dehors.
Vous me demandez des reflets d'ici et je ne saurais que vous parler d'hiver, de froid, de réclusion. Vous ne m'en voudrez pas, par conséquent, de plutôt, rédigeant, songer à vous sous le ciel tendre d'une saison préférentielle. Et puis, nous ne saurions mettre nos vies en parangon, vous, sonde spatiale, moi, station terrestre, l'âme incurvée, en mode récepteur.
Vous êtes parti parce qu'il fallait que vous le fassiez, parce qu'il vous a été d'une évidence totale, ce matin-là, seul où vous savez, qu'il ne pût en être autrement. Vous ne sûtes trouver les mots lorsque, revenu pour régler quelques affaires en souffrance, nous nous sommes rencontrés, l'espace d'une heure fragile. Il y avait cette envie de transcrire l'aube vécue alors et par laquelle tout vous parut clair et cette réticence - non voulue - au moment de passer à l'imprécis des mots. Vous eûtes toute mon empathie, ce moment, je connais tant cette sensation, que dis-je ! cet état, moi qui vit dans le bruit et la bougeotte.
Vacances ? Non, pensé-je, ces mois à venir n'en seront pas. Vous partez, un peu ascétique vers une lumière dont vous seul percevez la blanche esquisse sans encore en saisir peut-être tout à fait la véritable teneur. Mais l'important, Cher ami, est de sentir cette poussée, aussi indicible fût-elle.
Vous là-bas, moi ici, vous le gigantesque des espaces, moi la réclusion, vous les kilomètres, moi les lignes, vous le soleil, moi l'encre noire, vous le sac à dos, moi les carnets. Vous et moi, finalement, absents. On tirât des parallèles, n'est-ce pas ?
Soyez donc partout où vous êtes heureux.
(Je ne ponctue pas cette dernière phrase à dessein, vous choisirez ou prendrez tout).
Par David Charles - Publié dans : Messages - Communauté : L'acte d'écrire
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