Quelques moments en-dehors, tout à fait au milieu.
Banc, carnet, café, cigarette.
Autour avancent les vies, pressées d'un rien, tassées, entassées, colonnes extravagantes pensant l'espoir substance applicable aux futurs consommables d'avance. Quelque sirène au loin indique la brèche, le retournement de situation, le renversement de tendance. Contingence. On amène tel ou telle au parc des pensées altérées.
L'essentiel repose en soi comme l'instance dernière avant l'abolition des prisons du luxe.
Parc en soi.
Le parc est avant tout en soi.
Mais apprendre le banc, d'abord. Savoir l'arrêt, l'insouciance d'une mise en repos. Le corps, l'âme nous en sauront gré. Oser ne pas s'en faire, se mettre aux bans avant d'y être mis. Bons bans sympathiques aux abords des vies.
Pas de fuite. Non. Pourquoi ?
Le vent parle, j'écoute. J'ai la prétention d'entendre. Hier, maintenant, demain, le vent parle. Il est celui qui parle au présent alors que nous entendons dans le temps. On y pense, on l'oublie, on ne sait y penser, n'y pensons plus. Aucun besoin de savoir penser pour saisir le vent, le banc, le parc.
Milliers d'existences. Lui, là, la bière, à midi déjà. Comme tous les jours depuis toujours. Manque d'horizon, d'aller. Parcage au parc. Corolles colorées et flagrances non sues, fleurs au vent balancées, sans heurt, tranquillement.
Tout est normal. On est là, on est ailleurs. Même dans l'instant, on ne voit pas.
On ne fait jamais que se souvenir. Ecrire, dira-t-on, c'est se souvenir différemment. Jeux d'ombres et de clartés parmi les nuits indifféremment blanches et noires.
Parc, domaine, ancienne propriété d'un aïleul méconnu. Cerfs, biches, faons, sangliers, l'hallali, chasse à courre en cours. Lui, évdemment, le cheval blanc, quelques lys sur les flancs sublimes de l'animal, des chiens partout, courant les hectares anciennement siens. France, France, pays d'espaces boisés, giboyeux, montueux. Nous parlions des jours entiers, les dangers nous rendaient braves et solides. Les hommes existaient encore.
Je n'y étais pas. Je m'en souviens très bien. C'est de ce genre de mouvement que procède l'écrit.
Doigts fins des filles dans les mains des garçons, chuintement des mots aux oreilles alertées, attentives. Les mots sont définitifs, c'est sûr.
Elle a la beauté de celle devenant femme et la brillance de son regard dit au soleil des concurrences délicates. Il tremble à l'idée de s'engager, il n'est pas prêt. Les garçons ne sont jamais prêts. Jeans serrés, elle saura convaincre et plus tard, jouant de transparence et de voiles, elle saura vaincre la réticence, percer la retraite et les chuintements seront, encore et encore.
Sur le banc enlacés, ils vivent l'état perdurant d'errance amoureuse. Voyants, ils sont d'étoile bribes rayonnantes par les arbres surveillant tout cela d'un oeil parental. La présence des arbres. Rien d'autre n'existe, n'est vraiment. Tant mieux.
Lorsque le carnet devient miroir sans tain, surgit la profondeur. Les dimensions sont nombreuses et le perçu n'est plus que l'une d'entre elles. L'observateur collecte d'abord, vide et s'emplit aux plis gravitationnels de l'entour, emmagasine mais n'achète rien. Rien n'est à vendre. Tout est donné. C'est le donné dû décrit ailleurs, autrement.
Il boit quelques gorgées de bière, crache par terre, allume une cigarette. Aucun regard au ciel. Heure et temps lui sont sans importance. Il a perdu. Il est perdu. Ses soucis sont au-dehors des heures, sis au sein-même de l'existence, manger, dormir, se laver. Boire et fumer pour tenir, ne pas penser, ne pas avoir à se donner le devoir de s'en sortir.
Nous parlons quelquefois. Nous allons au centre. J'apprends beaucoup, je prends tout ou presque.
Le parc, les parcs, un parc, tous les parcs. Ils sont tous pareils, arpentés des mêmes gens arpentés des mêmes pensées. Ils arrivent, vont, viennent, partent, un livre dans la main, une étoile au coeur. Ils viennent, en plein midi, chercher la quiétude des matins d'été. Ces moments-là où pointe l'aube, surprenant les dispersés dans les branches. Encore les arbres.
Premier envol, précis, très, dans l'atmosphère hésitant encore. Pluie, soleil, neige, peu importe. Le mouvement doit jaillir des torpeurs noctures.
Je sais cela, moi qui ne dors jamais.
Presqu'île, mélange d'essences et d'hommes venus trouver là le repos et l'écho d'une nature gentiment aménagée. Une chambre de passages au milieu d'une ville d'ancrage. Les histoires mêlées en silence au discours des jets d'eau évaporent leur présence en l'installant partout. Il devient, alors. Presqu'il.
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander

