Lundi 8 décembre 2008
Île, presque, presqu'île, présente, absente, détachée, présence, absence, attachée. Gigantesque illusion, marginale tache aux rendus verts, autres, hôte particulier, refuge centrifuge et centripète.
Quelques moments en-dehors, tout à fait au milieu.
Banc, carnet, café, cigarette.
Autour avancent les vies, pressées d'un rien, tassées, entassées, colonnes extravagantes pensant l'espoir substance applicable aux futurs consommables d'avance. Quelque sirène au loin indique la brèche, le retournement de situation, le renversement de tendance. Contingence. On amène tel ou telle au parc des pensées altérées.
L'essentiel repose en soi comme l'instance dernière avant l'abolition des prisons du luxe.
Parc en soi.
Le parc est avant tout en soi.
Mais apprendre le banc, d'abord. Savoir l'arrêt, l'insouciance d'une mise en repos. Le corps, l'âme nous en sauront gré. Oser ne pas s'en faire, se mettre aux bans avant d'y être mis. Bons bans sympathiques aux abords des vies.
Pas de fuite. Non. Pourquoi ?
Le vent parle, j'écoute. J'ai la prétention d'entendre. Hier, maintenant, demain, le vent parle. Il est celui qui parle au présent alors que nous entendons dans le temps. On y pense, on l'oublie, on ne sait y penser, n'y pensons plus. Aucun besoin de savoir penser pour saisir le vent, le banc, le parc.
Milliers d'existences. Lui, là, la bière, à midi déjà. Comme tous les jours depuis toujours. Manque d'horizon, d'aller. Parcage au parc. Corolles colorées et flagrances non sues, fleurs au vent balancées, sans heurt, tranquillement.
Tout est normal. On est là, on est ailleurs. Même dans l'instant, on ne voit pas.
On ne fait jamais que se souvenir. Ecrire, dira-t-on, c'est se souvenir différemment. Jeux d'ombres et de clartés parmi les nuits indifféremment blanches et noires.
Parc, domaine, ancienne propriété d'un aïleul méconnu. Cerfs, biches, faons, sangliers, l'hallali, chasse à courre en cours. Lui, évdemment, le cheval blanc, quelques lys sur les flancs sublimes de l'animal, des chiens partout, courant les hectares anciennement siens. France, France, pays d'espaces boisés, giboyeux, montueux. Nous parlions des jours entiers, les dangers nous rendaient braves et solides. Les hommes existaient encore.
Je n'y étais pas. Je m'en souviens très bien. C'est de ce genre de mouvement que procède l'écrit.
Doigts fins des filles dans les mains des garçons, chuintement des mots aux oreilles alertées, attentives. Les mots sont définitifs, c'est sûr.
Elle a la beauté de celle devenant femme et la brillance de son regard dit au soleil des concurrences délicates. Il tremble à l'idée de s'engager, il n'est pas prêt. Les garçons ne sont jamais prêts. Jeans serrés, elle saura convaincre et plus tard, jouant de transparence et de voiles, elle saura vaincre la réticence, percer la retraite et les chuintements seront, encore et encore.
Sur le banc enlacés, ils vivent l'état perdurant d'errance amoureuse. Voyants, ils sont d'étoile bribes rayonnantes par les arbres surveillant tout cela d'un oeil parental. La présence des arbres. Rien d'autre n'existe, n'est vraiment. Tant mieux.
Lorsque le carnet devient miroir sans tain, surgit la profondeur. Les dimensions sont nombreuses et le perçu n'est plus que l'une d'entre elles. L'observateur collecte d'abord, vide et s'emplit aux plis gravitationnels de l'entour, emmagasine mais n'achète rien. Rien n'est à vendre. Tout est donné. C'est le donné dû décrit ailleurs, autrement.
Il boit quelques gorgées de bière, crache par terre, allume une cigarette. Aucun regard au ciel. Heure et temps lui sont sans importance. Il a perdu. Il est perdu. Ses soucis sont au-dehors des heures, sis au sein-même de l'existence, manger, dormir, se laver. Boire et fumer pour tenir, ne pas penser, ne pas avoir à se donner le devoir de s'en sortir.
Nous parlons quelquefois. Nous allons au centre. J'apprends beaucoup, je prends tout ou presque.
Le parc, les parcs, un parc, tous les parcs. Ils sont tous pareils, arpentés des mêmes gens arpentés des mêmes pensées. Ils arrivent, vont, viennent, partent, un livre dans la main, une étoile au coeur. Ils viennent, en plein midi, chercher la quiétude des matins d'été. Ces moments-là où pointe l'aube, surprenant les dispersés dans les branches. Encore les arbres.
Premier envol, précis, très, dans l'atmosphère hésitant encore. Pluie, soleil, neige, peu importe. Le mouvement doit jaillir des torpeurs noctures.
Je sais cela, moi qui ne dors jamais.
Presqu'île, mélange d'essences et d'hommes venus trouver là le repos et l'écho d'une nature gentiment aménagée. Une chambre de passages au milieu d'une ville d'ancrage. Les histoires mêlées en silence au discours des jets d'eau évaporent leur présence en l'installant partout. Il devient, alors. Presqu'il.
 
Par David Charles - Publié dans : Textes - Communauté : L'acte d'écrire
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Dimanche 7 décembre 2008
Considérons un instant nos attaches. Parlons-en sans emphase, allons au dessein de l'écrit et arrangeons-nous-en. Une prière sans destinataire autre que ce qui reste toujours et dont personne n'a conscience.
Par David Charles - Publié dans : Textes - Communauté : Ecrire
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Dimanche 7 décembre 2008
Fatigue intense. Sensation d'ailleurs, envie d'autre chose, là, tout de suite, mais non pour toujours. Butinage à répétition, des envies, des désirs. Se fatiguent les corps afin que ne se résignent les âmes.
Le silence n'est pas acceptable, le repos interdit, la mort, une idée vague et lointaine.
Vivons l'instant, harangue pulsative ! Nos jets de matière partout dans l'espace, seule liberté tolérée ! Quasars, puissantes ondes. Tout tourne à une vitesse phénoménale, rien ne va nulle part.
L'instant est orgasmique et le spasme paradis.
En est-il d'autre ? La science tend à dénier.
L'espoir éteint, le monde trop peu sérieux, reste l'orgie méthodique, le plaisir.
Et puisque la mesure se dépasse, allons vers l'infini des perceptions.
Notre bonne humeur en dépend.
Par David Charles - Publié dans : Textes - Communauté : Interlignes
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Dimanche 30 novembre 2008

Cher ami,


De loin, n'est-ce pas, les complicités sont douillettes, le corps n'impose plus; la présence, flottant, n'a plus volonté d'écho. Il est, de surcroît, ce danger permanent d'oubli, de radiation, de mise en cave.

L'être est labile et les corps d'ailleurs attirent autant, plus parfois que ceux d'ici, de maintenant. L'habitude est un mal répandu et nécessaire, pluie érodant. On écrit de loin pour y échapper, l'espace d'un voyage tout léger. C'est, entre autres, la raison de votre départ. Je ne saurais le désapprouver.

Vous m'écrivez des endroits, me précisant bien ne pas vouloir vous fixer nulle part, me promettant des mots de partout. Mon adresse ne change pas, vous êtes mon partir. Or, je ne vous envie pas; ni prétention, ni envie d'être en vos lieux. Vous êtes voyageur, moi pas, mais j'apprécie et parcours vos routes, les endroits de vos présents, le soin apporté par vous, à leur caricature.

Et j'emporte avec moi vos allers, moi qui, jour après jour, vis le retour. 

Par David Charles - Publié dans : Textes - Communauté : Interlignes
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Samedi 29 novembre 2008

Je crois en vous, les pères tout puissants, me signe devant les affiches sur lesquelles vous figurez, si beaux, si souriants, génuflexionne lorsque, par hasard, je rencontre l'un des vôtres dans la rue.

J'ai tout bon et vous le savez.

Je suis même devenu athée afin de correspondre à l'idéal de la majorité de vos partisans et ceci, malgré les mises en garde de mes amis croyants. "A tes risques et périls !" ne cessaient-ils de me répéter. Risques, risques, puérils amis ! Je les ai quittés, de toute façon, ils refusaient d'adhérer à vos idées gigantesques.

Vous voyez !

Je suis fidèle, j'ai souscrit à toutes les assurances qu'on me vendait le soir par téléphone, acheté tous les produits aux mérites vantés par la télévision, dans les gares, les abribus, les rues. Quelle fierté d'être tant sollicité.

Mais surtout, vos obédiences sont les miennes, je suis de vos idées, l'infatigable colporteur. J'aime changer, ma veste a mille doublures et comme vous, j'adore en montrer toutes les facettes.Nous sommes du progrès, hein, hein ?

Cela devrait parler en ma faveur, non ?

Je vous ai donné ma voix et puis, comme vous le vouliez, je suis devenu aphone. J'ai souffert parfois, mais j'avais confiance, vous aviez les diplômes !

Bien sûr, cela devrait parler en ma faveur.

J'ai brûlé tout Rousseau, tout Voltaire, tout Kant dans ma baignoire, tout, tout, Tchouang Tseu même ! J'ai tout jeté aux ordures puisque je n'y retrouvais pas vos idées.

Alors, vous me la rendez ma carte d'identité ?

Par David Charles - Publié dans : Textes - Communauté : Interlignes
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Samedi 29 novembre 2008
Ne pas rentrer, rester un instant dans la moiteur du bar. Boire quelques verres, attendant de ne plus attendre, rien. La musique est au ciel, ni trop présente, ni devinée à peine, accompagnant, c'est tout. La lumière, tamisée, bien sûr, intime impression. Je songe à des bleus hésitants. Fauteuil, canapé, un peu comme chez soi, en mieux. Je préfère les terrains neutres. Rester longtemps, sans doute, dans la moiteur du bar. Croiser votre regard. Évidemment, partir avant de tomber amoureux. Évidemment, ne pas oublier.
Par David Charles - Publié dans : Textes - Communauté : Figer le monde...
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Dimanche 23 novembre 2008

Sous l'immensité du ciel, quelques mots épars d'un lieu sans importance. Ici, là, ailleurs, jour, nuit. C'est partout et toujours la nuit. Impression. La nuit, on se rend compte, c'est la nuit que se rendent les comptes. Salée facture sous l'océan vide du ciel. Nos urgences, soudain, n'ont plus lieu d'être. Billevesées, spasmes comiques, tragiques, pirouettes, jeux de pouvoir hilarants; pathétique dimension de nos décors. Le clown feint de bien se porter alors qu'il arrive tout juste à se porter, à se supporter. Il invente, à dessein de se donner substance, quelque idéologie, changeante, versatile, assujettissant, toujours ! Il y croit, évidemment, plus il en est ivre ilote, plus il y croit. Tout ce qui enchaîne est réel aux yeux aveuglés de lumière forte.


Monter, échaper à l'attraction, à la traction du délire ambiant. Vue d'en haut, la terre est belle, silencieuse, leurs sentencieuses et burlesques idées ne parvenant plus. Plaine sublime aux tendances azur perdue, si seule parmi la nuit sombre et glacée. Il s'agit de le voir, de le sentir sans autres pensées que celle-ci ! Minuscule capsule de survie fonçant son orbite sans ne jamais défaillir. Il ne suffirait que de peu, pourtant, de si peu pour qu'à tout jamais s'éteigne le jeu du singe au gênant gène.


Dans l'immensité du ciel montent les suppliques des hommes idéalistes se demandant, finalement, s'il ne fût pas mieux que tout s'efface.

L'homme n'ayant pas encore fait le pas vers l'être humain, la lettre se perdra, les mots s'éparpilleront, tout continuera. Restons silencieux, sages. La majorité ayant tort a toujours raison, c'est la règle, la convention. Reprenons Marc Aurèle, attendons, les grincements de dents ne sauraient tarder. Rien de triste, là-derrière, ni de négatif, non, vraiment rien. Au contraire, on perçoit déjà le matin vrai d'un monde neuf. C'est en lui que se tiennent déjà quelques uns d'entre les hommes. Mais ne les cherchez pas, ils se cachent. Ils savent pourquoi. 

Par David Charles - Publié dans : Textes - Communauté : Interlignes
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Dimanche 16 novembre 2008
Dix-neuf heures trois.
La voiture est décapotable, la fille aussi. Il repasse en son esprit, le scénario déjà écrit. Les véhicules, devant, avancent tranquillement. Saints seins ceints de ses mains. Il en lorgne la délicate offrande. Elle a laissé, exprès, la fenêtre entr'ouverte au niveau de son coeur. Il y a aussi le nylon doux sur ses jambes, la jupe courte, les talons coquins.

Le grand type en manteau de pluie passe par la foule, courbé doucement, comme par le poids de son regard tourné vers le sol. Il ne voit rien au travers de ses lunettes. Il travaille l'exclusivité d'images indécises depuis trois semaines. Depuis toujours. Il sent que cela vient. Il est peintre, audacieux manipulateur d'apparences, découvreur, explorateur.

La voiture est rutilante, il le faut. Il y aura le repas, puis il sortira la carte de crédit prestigieuse. Il le faut. Après, ils iront danser et, serrés parmi la foule, il s'en ira effleurer sous les dentelles la chair tendre et jeune. D'ailleurs, il y est déjà.

Les brumes s'évaporent, se dilatent. Il entrevoit soudain les nuances menant à l'épure sensationnelle, désirée. Voulue depuis toujours. L'instant est sublime antichambre.

Il se met à pleuvoir. Fines gouttes non senties.

Après, ils ressortiront, abasourdis par la musique, ivres presque. Il sait déjà la fermeté de la promesse. Il la désirera experte en caresses. Il la voudra toujours même, toujours autre mais sans cesse donnée au désir, sans tabou ni loi. Il la déshabille mille fois, différemment à chaque fois. Elle devine, elle sent, elle sait. Alors elle sort son pied du soulier, le rentre à nouveau, le sort et le rentre encore. Nylon dilatoire sur le bord de l'escarpin. Il se crée un vide dans la poitrine de l'homme. Il voulût, là, tout de suite. Le futur, de toute façon, est acquis d'avance.

De la buée sur ses lunettes mais cela fait longtemps qu'il ne voit plus par elles. Il esquisse déjà, frénétiques coups de crayon, prémisses d'oeuvre majeure. Oui, il le sait. On sait ces choses-là. L'atelier n'est plus loin. La route à traverser, la petite rue dans laquelle s'engouffrer. Vite, monter les étages. C'est maintenant ou jamais. Une voiture, sur la gauche, un peu éloignée, avance doucement. Il voit l'orange dans le coin de l'oeil, anticipe le rouge, fend la foule.

Manger, détail, passage obligé. Se hâter, la promesse est trop grande. Les feux arrières, devant, troublés par la pluie, s'éloignent du croisement. Les rattraper, leur coller au coffre. Le feu est orange. Il gagnerait deux minutes d'intenable attente. Il écrase l'accélérateur. La machine s'emballe.

Dix-neuf heures quatre.
Le choc est terrible. La scène est atroce. Les lunettes se brisent en même temps que le crâne du type en manteau de pluie, éteignant vue et vision.

Et c'est toujours comme ça. 

Par David Charles - Publié dans : Textes - Communauté : Interlignes
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Dimanche 16 novembre 2008
Osons l'infini, sans crainte, le reste est mensonge. Tentons l'absence de projet, renions le meilleur et sachons le bien. Apprenons à nous contenter sans ne confondre quiétude et passivité.
Choisissons l'impression globale, fusionnons-y les multitudes. La question est partout pareille, la réponse présente en chaque chose.
Apprenons l'absence, proposons l'éphémère illusion et marchons, marchons ! Nos allers seront voyages, nos voyages, immenses, nous porteront au-delà et l'assiduité de nos âmes, étincelle folle, fera la seconde étendue sans fin.
Nos constitutions fragiles deviendront marmoréennes.
La durée est sans importance, admirons ceux sachant vivre en-dehors. En perdant, souvent, l'on trouve.
Par David Charles - Publié dans : Textes - Communauté : Ecrire
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Samedi 15 novembre 2008
Au donné dû, nous serons. L'essentiel ne s'achète pas.
Le lointain est partout autour, le demandé guéable vers l'acquiescement de l'offert.
Ne pas s'en faire.
Savoir l'appétence, en deviner l'essence n'est pas l'appris acquis mais, au contraire, relève d'un incessant exercice. On n'en sortira jamais. C'est la condition pour s'en sortir.
Les fatigues sont évidentes, les évidences précieuses. Prendre ses fatigues au sérieux.
L
'appréciation du donné dû est l'indice premier, l'informel statut.
Par David Charles - Publié dans : Textes
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