Dimanche 16 novembre 2008
Dix-neuf heures trois.
La voiture est décapotable, la fille aussi. Il repasse en son esprit, le scénario déjà écrit. Les véhicules, devant, avancent tranquillement. Saints seins ceints de ses mains. Il en lorgne la délicate offrande. Elle a laissé, exprès, la fenêtre entr'ouverte au niveau de son coeur. Il y a aussi le nylon doux sur ses jambes, la jupe courte, les talons coquins.

Le grand type en manteau de pluie passe par la foule, courbé doucement, comme par le poids de son regard tourné vers le sol. Il ne voit rien au travers de ses lunettes. Il travaille l'exclusivité d'images indécises depuis trois semaines. Depuis toujours. Il sent que cela vient. Il est peintre, audacieux manipulateur d'apparences, découvreur, explorateur.

La voiture est rutilante, il le faut. Il y aura le repas, puis il sortira la carte de crédit prestigieuse. Il le faut. Après, ils iront danser et, serrés parmi la foule, il s'en ira effleurer sous les dentelles la chair tendre et jeune. D'ailleurs, il y est déjà.

Les brumes s'évaporent, se dilatent. Il entrevoit soudain les nuances menant à l'épure sensationnelle, désirée. Voulue depuis toujours. L'instant est sublime antichambre.

Il se met à pleuvoir. Fines gouttes non senties.

Après, ils ressortiront, abasourdis par la musique, ivres presque. Il sait déjà la fermeté de la promesse. Il la désirera experte en caresses. Il la voudra toujours même, toujours autre mais sans cesse donnée au désir, sans tabou ni loi. Il la déshabille mille fois, différemment à chaque fois. Elle devine, elle sent, elle sait. Alors elle sort son pied du soulier, le rentre à nouveau, le sort et le rentre encore. Nylon dilatoire sur le bord de l'escarpin. Il se crée un vide dans la poitrine de l'homme. Il voulût, là, tout de suite. Le futur, de toute façon, est acquis d'avance.

De la buée sur ses lunettes mais cela fait longtemps qu'il ne voit plus par elles. Il esquisse déjà, frénétiques coups de crayon, prémisses d'oeuvre majeure. Oui, il le sait. On sait ces choses-là. L'atelier n'est plus loin. La route à traverser, la petite rue dans laquelle s'engouffrer. Vite, monter les étages. C'est maintenant ou jamais. Une voiture, sur la gauche, un peu éloignée, avance doucement. Il voit l'orange dans le coin de l'oeil, anticipe le rouge, fend la foule.

Manger, détail, passage obligé. Se hâter, la promesse est trop grande. Les feux arrières, devant, troublés par la pluie, s'éloignent du croisement. Les rattraper, leur coller au coffre. Le feu est orange. Il gagnerait deux minutes d'intenable attente. Il écrase l'accélérateur. La machine s'emballe.

Dix-neuf heures quatre.
Le choc est terrible. La scène est atroce. Les lunettes se brisent en même temps que le crâne du type en manteau de pluie, éteignant vue et vision.

Et c'est toujours comme ça. 

Par David Charles - Publié dans : Textes - Communauté : Interlignes
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Dimanche 16 novembre 2008
Osons l'infini, sans crainte, le reste est mensonge. Tentons l'absence de projet, renions le meilleur et sachons le bien. Apprenons à nous contenter sans ne confondre quiétude et passivité.
Choisissons l'impression globale, fusionnons-y les multitudes. La question est partout pareille, la réponse présente en chaque chose.
Apprenons l'absence, proposons l'éphémère illusion et marchons, marchons ! Nos allers seront voyages, nos voyages, immenses, nous porteront au-delà et l'assiduité de nos âmes, étincelle folle, fera la seconde étendue sans fin.
Nos constitutions fragiles deviendront marmoréennes.
La durée est sans importance, admirons ceux sachant vivre en-dehors. En perdant, souvent, l'on trouve.
Par David Charles - Publié dans : Textes - Communauté : Ecrire
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Samedi 15 novembre 2008
Au donné dû, nous serons. L'essentiel ne s'achète pas.
Le lointain est partout autour, le demandé guéable vers l'acquiescement de l'offert.
Ne pas s'en faire.
Savoir l'appétence, en deviner l'essence n'est pas l'appris acquis mais, au contraire, relève d'un incessant exercice. On n'en sortira jamais. C'est la condition pour s'en sortir.
Les fatigues sont évidentes, les évidences précieuses. Prendre ses fatigues au sérieux.
L
'appréciation du donné dû est l'indice premier, l'informel statut.
Par David Charles - Publié dans : Textes
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Vendredi 7 novembre 2008
Je n'eus bientôt plus que l'errance. Bientôt, je ne fus plus qu'errance. Je pensai devenir fou, positivement. Je fus fou, je n'avais aucune raison de ne pas l'être. Je devins spectre, se portant d'estaminets en cabarets, vautré dans je ne sais quel confort brumeux. Il fallait la brume ! Je n'imaginai pas d'autre lieu à mes jours. Je n'écrivais ni ne lisais plus. Je ne vivais plus. La soûlerie m'occupait tout entier et j'en étais le zélote le plus convaincu.
Ah Madame, si vous saviez. Peut-être fussiez-vous revenue. Mais je ne m'en souciai guère, je n'en avais pas les moyens !
Je n'étais point seul, détrompez-vous. J'eus beaucoup d'amis et nous partagions nos inexprimables damnations dans le silence et les petits verres chers et chers qui nous menaient, tous, directement au bagne de l'indigence. Vous savez les chagrins masculins destructeurs.
Les choses étant ce qu'elles sont, je me retrouvai dans la rue, vendant quelque texte pour manger, mendiant quelque piécette pour boire. M'eût-on parlé d'espoir, j'eusse frappé.
Mais ma mie, je ne vous oubliai et tout le drame était là. Vos yeux noirs, vos cheveux de jai, votre voix, surtout. Ah ! qui me suivait, me hantait, sourdait de chaque pore de ma peau !
J'intensifiai mes errances, finis par me mettre en chemin, l'exil me semblant plus doux que la souffrance d'être éloigné tant près de vous.
Je ne sus jamais que fuir.
Mais l'on s'emporte avec soi, Ô ma douce. J'allai voir des femmes, ivre mort, tant que je n'arrivais pas à monter les marches menant au lieu d'infamie.
Puis je m'abstins. Je m'abstins des jours entiers. je pensai faire preuve d'ascétisme, je pensai par cela vous récupérer. Vous eussiez deviné, vous seriez revenue ! Si vous saviez combien je vous ai attendue !
Ne vous voyant, j'ai recommencé avec constance, exagération. Jusqu'au jour où l'on me trouva inanimé dans la rue, puis amené ici.
Je vais mourir, ils m'ont dit. Je refuse que la vie m'accable encore, alors je désire finir sur une volonté mienne, même si celle-ci implique sa fin. N'ayant été maître de ma vie, je posséderai ma mort.
Adieu, mon amie, l'air est pur et doux. Je m'en vais voir s'il porte mon corps impur et lourd.   
Par David Charles - Publié dans : Textes - Communauté : Ecrire
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Dimanche 2 novembre 2008
Celui qui veut aller voir au coeur de la voie lactée doit faire abstraction des lumières aveuglant, des poussières absorbant.
De même, celui cherchant le centre de toutes choses.
Beaucoup oublier pour voir.
Se mettre en marche.
Si la vérité existe, elle est un chemin.
K. un sage quasiment contemporain, parle d'une vérité instantanée, inaccessible par les mots. Elle intervient chez celui qui sait se taire; l'observateur vide. Un autre sage, plus ancien, écrit, citant Saint Augustin, qu'il y a trois genres de connaissance, et que la troisième est intérieure dans l'esprit, elle connaît sans images ni comparaisons, et cette connaissance est égale à celle des anges. Le néant suggéré par celui-ci renvoie au vide invoqué par le TAO.
Les gardiens de la Loi, dans la Bible - ceux qui savent -, n'eurent pas les faveurs du Christ.
Le cheminement vers le vide est le retour à l'origine indicible, à la fusion. C'est là toute l'essentialité du silence.
 
Par David Charles - Publié dans : Textes - Communauté : Interlignes
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Samedi 1 novembre 2008
Tiède envie d'être à demi pris par la candeur décadente de vos regards, jeune femme !
Simulons un instant le monde tel qu'il nous plairait qu'il fût.
Cette lumière en vos prunelles me souvient d'exquises saynètes dont je ne fus pas maître.
L'illusion, nous sommes d'accord, est ce que nous vivons.
Eprenons-nous donc sans crainte. Nous ne risquerions que d'un peu rêver.
Serait-ce un mal ? Nous l'ignorons mais là n'est pas la question.
Ce désir permanent d'accrocher à vos délicieux sourires. Lisses et brillants. Délicat maquillage.
En vos parfums j'aurais beaucoup voyagé et tout me semblait lié. Tout.
La promesse est là où nous sommes, exactement.
 
Par David Charles - Publié dans : Textes - Communauté : Ecrire
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Dimanche 26 octobre 2008
On aimerait s'en nourrir, prendre en soi et ne plus se soucier de rien d'autre. On aimerait s'en nourrir, en en faire d'interminables repas, roboratifs et rassurants.
Quelque chose s'effondre en dedans, on se sent inapte, indigne, sec. Le regard est pris. L'esprit, déstabilisé, tente l'urgente intervention, envoie cette sensation-là qu'on serait en train d'obtenir une réponse, un écho au cri non poussé. On ne comprend rien sinon qu'il ne faut pas chercher à comprendre. Non ! surtout pas, tout fût détruit. Maudits mots ! Le savoir n'est pas tout l'homme. Même s'il veut y croire, même s'il en fait le fer de lance de son projet, l'unique dessein, l'ultime raison de son existence.
Cela dépasse.
Au-delà de la mémoire est la Mémoire. Elle a l'âge du Tout, sait par connexions mystérieuses des états évaporés, de précises harmonies, d'inimaginables couleurs comme des ondes que l'on vît. Interagissant in petto, elle accède parfois à "l'intelligence" des cordes, à l'histoire des atomes, aux discours des sphères.
La beauté a cette capacité de nous placer au seuil de son oeil. On sait alors le jadis présent à jamais, la réponse évidente, l'écho logique.
Il est une malédiction, après, de devoir revenir aux manigances.
Par David Charles - Publié dans : Textes - Communauté : Figer le monde...
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Dimanche 26 octobre 2008

Le matin est propice, le silence fameux, les ondes sondent. Oui, cela se fera. Il sourd de partout un calme troublant. Tout est à sa place, comme il se doit et chacun effectue les actes communs. Mécanisme, rouage, comme si rien, jamais, ne devait arriver.

Il est d'ailleurs des visites que l'on a oublié d'attendre.
L'attente est partout, de tous les instants. Fébrile, mais cachée.

Travailler l'évanescence est sans doute la tâche la plus ardue. Mais la moins ingrate qui soit. Bribe par bribe, coudre les instants. Des moments comme des univers : îles. Apareiller, retirer l'échelle de coupée, désamarrer. Le voyage sera sublime. Tout est à découvrir, voir, sentir. Bleu, blanc des aubes et moi dessous, parmi bientôt. L'écriture est un essai de parmi, une tentative d'inclusion - corps et âme -, un voeu d'osmose. Un acte d'insoumission, toujours. Oui, oui, cela se fera. S'organiser des solitudes, des silences, des retraites très anticipées, manipuler l'esprit, lui imposer le parallèle, l'existence négative. Narguer les modes, se prêter aux millénaires. Encre, papier ! Il est, juste à côté, d'impressionnants mouvements, d'arrêtés allés. On y sera, on y vient tandis qu'autour, les vies paniquées s'abusent jusqu'à trop tard d'un accord de quatrième qu'elles n'arrêtent pas de vouloir faire basculer.

Continuer, ardemment, la transposition du matériau échappant à l'infini. On finira bien par en détacher quelques vibratoires essences. Cela suffit, voui ! à remplir une vie. 

Par David Charles - Publié dans : Chamellerie - Communauté : L'acte d'écrire
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Dimanche 19 octobre 2008
Il a de ces jaunes mêlés aux bruns, aux gris foncés du séjour des espérant. Un jour ne voulant cesser s'obstine encore et disperse ses lueurs au ciel s'endormant. Quelque lumière fragile, égarée, défend à la frontière de l'obscure les derniers instants et procure au firmament un air désuet de fête. Courbettes gentilles devant le rideau, clin d'oeil, à bientôt ! La nuit n'est pas si terrible, elle est soeur, mère ! repos gardé, doucement surveillé.
L'une après l'autre, elles apparaîtront. Voici la première, reine de beauté, érotique parmi le froid du cosmos. Atmosphère troublé et des vents impensables ici, mais la lumière, la lumière parvenant toute calme et pareille presque à toutes les autres. Tiens, voici la seconde. L'espoir cessera sous peu, ira noyer ses desiderata dans les rêves prenant de plus en plus part aux soliloques des consciences. A leur tour, elles ont de ces jaunes mêlés aux bruns, aux gris foncés des songes venant. Elles ne chercheront ni amusement, ni ivresse, voulant voir chaque détail de l'infime étude, s'en nourrir pourquoi pas, le but étant de recouvrir le vide su d'une voilette translucide de poésie, fine comme le sont les périmètres d'une bulle de savon dont elles sont, dans ce monde, invisibles représentations.   
Par David Charles - Publié dans : Textes - Communauté : Figer le monde...
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Samedi 18 octobre 2008

Ade

Vicissitudes. Le mot ! Le serpent n'est pas loin, qui siffle en chacun et souvient en un frisson, qu'il faut une fin à tout, à tous. Vicissitudes, ça sent le dérapage soudain, la grande, la dernière glissade que l'on fera sans doute hors de soi, aux prises avec un monde parallèle. Vestibule où l'on finira de se déshabiller, d'enlever la tenue d'apparat. Sourire un peu résigné, on dira : voilà !
On revient de tout lorsque cela s'achève, de tout. De l'essence même dont on a joué, et qui sera notre dernière demeure. Mais le combat sera rude, le vide impossible.
Se laisser glisser, emporter aux consciences troubles, ne fonctionnant plus qu'à demi. Reste l'idée fixe, celle qui a porté, entre deux ivresses, et puis quelques malencontreuses prières apprises dans l'enfance. On se réjouit d'ailleurs d'une autre fois. Il est un endroit constant toujours, qui attend; un peu plus loin, toujours. Le sens des mots s'éteint doucement. Dans les derniers instants, on va au sentiment, on est au sentiment. Toutes les idées qui veulent encore s'imposer se tordent d'inanité dans l'esprit délirant de n'être bientôt plus.
Les séances humaines continueront, un jeu qui ne s'arrêtera jamais. Poses alanguies et sourires aguichants mèneront encore les garçons alarmés aux promesses folles. Ils iront, filles et garçons, reviendront et ainsi de suite jusqu'au dernier aller qui n'est jamais qu'un retour. Le mouvement n'aura plus lieu d'être. On perçoit qu'il n'a jamais été mais qu'importe ! Non qu'il soit trop tard, bien sûr que non - tout va commencer. Tout simplement, on n'a plus envie.
On ne ressent plus rien et le désert, le désert ! auquel on a confié les mots, est immense. Il a tout englouti, ensablé, il a recouvert les pages d'une pathétique pellicule de brouhaha. Il ne faut pas plus pour taire la musique, que quelques grains de parlé. A l'endormissement léger s'ajoutera le désir profond d'un sommeil immaculé. Un vent hasardeux découvrira peut-être les notes, les exposant au ciel, ou les ensablera de plus mais peu importe, n'est-ce pas ? tant qu'est le brouhaha qui prétend la vie.
Cependant, le silence sera partout. Ils reposeront dans la plaine, les mots, et si quelque interprète venait à passer, le coeur assez léger, ils essayeront sans doute de lui susurrer des souvenirs qu'il n'aura pas mais qu'il saura, diffusément. Ce qui interviendra ou non, les contingences, n'aura plus d'espace, ne sera plus cause à l'être, d'être ce qu'il dit être.
Tout sera.
Il ne sera plus.
Cela sera, la négation est jugement humain.
Hésiter, une dernière fois. Se battre ? Recru, l'idée effleure à peine.
Tout est dans l'oubli, désormais, ne compte plus que la lumière, devant.

 
Par David Charles - Publié dans : Textes - Communauté : Interlignes
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