Mardi 26 août 2008

Elle s’assied à ma table, parce que toutes les autres sont occupées et qu’elle n’ose se mettre au bar. Oui, c’est libre, je vous en prie. Je la crois jolie. Je lis. Je n’aime pas être dérangé, lisant. Du feu ? Bien sûr, voici. Elle a des yeux noirs qui brillent derrière la flamme du briquet. Coquins mais timides, adolescents et matures. Je ne peux empêcher le souvenir de se faire. Elle aimât engager la conversation. Je lis, enfin, je fais semblant. Je déteste qu’on me regarde, lisant. Elle croise, décroise plusieurs fois les jambes. Ses talons cognent sur le sol. Je continue de faire semblant.

Rien ne m’attache, célibataire depuis toujours, je pourrais tenter un regard, un sourire. Comme celui que je fais en lui tendant mon paquet de cigarettes − le sien étant vide. Son sourire, canines parfaites, incite et condamne. Elle doit s’appeler Sarah, ou Florence, ou Mélanie.

Quittant la table, elle me laisse un post-it sur lequel elle a écrit son numéro de téléphone portable. Nous sommes chez le même opérateur. Ça me fait d’emblée un nouveau marque-page. Je n’arrive plus à lire. Son visage me sourit un peu partout dans la tête.

Nous aurons de ces promenades durant lesquelles nous parlerons de nous, un peu, arrondissant les angles, oubliant les problèmes familiaux ou de santé. On fera visiter nos périmètres. Elle rira à mes débilités, je prendrai ses moues au sérieux. Nous aurons l’impression forte du présent. Nos premiers ébats seront graves, subits, nous nous aimerons un peu partout. Nous découvrirons des sensations.
Je casserai mes cochons pour lui offrir une bague de fiançailles, prendrai un crédit pour que notre mariage puisse devenir notre meilleur souvenir.
Plus tard, elle voudra un enfant, puis un autre pour que le premier ne soit pas trop gâté. Je me lèverai la nuit, quand elle sera fatiguée. Je leur changerai les couches, ils me pisseront dessus en riant. J’irai aux réunions des parents − elle est fatiguée −, devrai défendre l’intérêt physique ou psychologique des enfants. De temps en temps, je lui parlerai de mes rêves. Elle sera fatiguée : les enfants, la vie. Elle pensera mes journées tranquilles, sans heurts, je ne saurai trouver les mots pour expliquer la réalité. À midi, passant sur les ponts, j’aurai envie de me jeter à l’eau. Je ne le ferai pas, de peur d’abîmer mon téléphone portable. Notre couple deviendra doucement une convention, un amalgame en porte-à-faux de deux vies distinctes. J’essayerai de faire de mon mieux, évitant de me demander si je l’aime encore. Tout sera si mélangé que nous, ça ne sera plus qu’une idée.
Les enfants partiront, on sera tous les deux. Elle leur téléphonera tous les jours parce qu’elle s’ennuie. On essayera bien une ou deux fois de se retrouver mais on s’est perdu depuis longtemps, ça sera comme un jeu. On aura l’impression de se connaître par cœur, de tout deviner. On tombera toujours à côté. On ne saura pas − on n’a jamais su, on n’a jamais voulu  − voir le désir, le rêve, le fantasme. Nous attendrons la mort ensemble, nous serons à nouveau unis lors des maladies obligatoires. 

Arrivé à la gare, je déchire le post-it en deux, jette la partie sur laquelle figure le numéro, garde l’autre comme marque-page.

Je préfère regretter la plausibilité d’un amour plutôt que d’en vivre les aberrantes et, paraît-il, normales dépendances.           

Par David Charles - Publié dans : Textes - Communauté : Interlignes
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Dimanche 24 août 2008
 

Mais nous étions pareils, pour sûr ! Au fond, homme ou femme, en somme, toujours le même problème, hein, hein ? Nous le savions, aucun doute là-dessus.

Donc, au lieu d’échanger nos regards, songeant aux paradis hagards, visant les miroirs, espérant une stratégie commune, nous avons, chacun de son côté, mis sur papier l’indécis d’un moment. Sans regret, forcément. Nombre d’adjectifs vinrent, en première instance, influer sur le cours de nos pensées. Fadaises romantiques ! Nous eussions pensé l’instant en dehors du temps, pleuré l’impossible événement. Bien sûr, bien sûr, nous ne nous fussions endormis qu’avec peine. Et bien voyons ! Et puis quoi encore ? La rémanence d’un regard, la douceur d’une peau, l’obsession d’un ego en manque d’écho ? Insalubres dithyrambes. Nous le savions, aucun doute là-dessus.

Nous savions tout cela, nous étions, l’un et l’autre, adultes. Nous notions, simplement, le banal extraordinaire pris, épris, quelle folie ! non par l’autre mais par l’instant. Les trains, les gens passaient, nous restions. Douce autant qu’improbable intimité !

Vous cette cigarette, moi celle-ci, nous avions les marques qui démarquent mais nous étions mêmes ! En démarquage total ! Les gens passaient, cela faisait longtemps que nous ne passions plus, cinq minutes au moins. Une éternité !
Soudain, en même temps, nous nous étions dit : Et si cela n’avait jamais existé. Rien n’est, chère amie, rien !

II


Aller aux quintessences chercher les mots d’absence, c’est tout là, l’art du silence. Vous parler un peu, évidence ! Ne rien révéler : laisser au rêve sa part idéale. Le jeu des mots aura raison d’une histoire, d’un plan, d’une stratégie. Ne pas aliéner, juste transporter. Nuage, nuage, même substance, mêmes glissements, mêmes vaporeux voyages. Et si les mots n’existaient pas, si la virgule était mal placée ? Sornettes ! Nous ne sommes plus d’ici, l’explorateur découvre et dit, dans l’instant neuf, l’absence dévoilée, l’obscure ténacité d’une vérité tout à coup perçue.
Vous savez, l’amour soudain et qui jamais ne dure.
C’est plus loin qu’il faut aller ! Traverser les couches successives, le mensonge renvoyé par la lumière.
De ces voyages ! Le cœur est là, si près, qui palpite, qui halète. Le cœur est là, tout près. Dépassons-le sans remord. Il a de ces raisons qu’il ne nous importe guère de connaître. Impavides, continuons car la vérité nous séduit, nous attire.
Il doit bien y avoir quelque chose, une essence, un moteur, ne cesserons-nous de nous répéter.
Néanmoins, ne pas s’imaginer, ne rien penser, aller, voir, c’est tout.
Laissons-là ces organes, machines, poursuivons, voulez-vous ?
Mais nous y voici déjà : moi, surmoi, prémoi, antimoi, moi quoi, bref, ego. Dernier rempart ! Dernier mensonge, leçons apprises, capacités innées, Big Bang au jadis de l’être. De la matière, de la matière, de la matière ! Il s’agit, cette fois, de le comprendre avant d’avancer encore. Car plus loin, plus loin, mes amis ! au seuil de l’ère de Planck… juste derrière, là où se perdent temps et lumière !

Par David Charles - Publié dans : Textes - Communauté : Figer le monde...
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Dimanche 24 août 2008

Y voudraient que j’arrête de fumer, donc d’écrire. Y disent que c’est pas bon, que ça encrasse les poumons, que ça déclanchera à coup sûr la folle expansion cellulaire, que ça finira par me bouffer.

Y z’interdisent de fumer dans les cafés. Attention, amende, prison, injection. Bon, je comprends, m’adapte, m’échappe vers les parcs, les bancs, les quais de gare, les balcons, les arrêts de bus.

Il y a là toute une campagne, une propagande, un diktat dont personne n’est la dupe. On dépensera moins pour soigner ces intrépides écervelés, on soigne la façade d’une société qui n’a plus que cela à offrir : sauver les apparences.

À quand les primes d’assurance à la condition physique du citoyen ? Vous courez régulièrement ? Vous marchez combien par jour ? Que mangez-vous ? Combien de Mc Do par mois ? Aha, si peu de légumes, vous reprendrez bien un peu de malus ? Comment, vous avez arrêté du fumer ? Regardez, là, les photos, double malus pour vous apprendre à mentir, plaisantin va !

Les paquets de cigarettes seront bientôt ornés de photos terrifiantes de poumons, de gorges, de bouches malades.

Qu’en est-il du travail ? Verra-t-on un jour la photo d’un cœur gras ayant cessé de battre affichée devant un bureau de courtage ? celle d’un employé se vidant de son sang devant une boucherie ? celle d’un foie acide, momifié devant une vinothèque ? Pensera-t-on à vouloir éliminer les causes du long martyr imposé par le stress ? Bien sûr que non, ou si peu, ou si mal que cela n’aura d’influence que sur l’espoir. Toujours très tenace celui-là. 

Forcément, on vise toujours le plus visible.

Je ne comprends pas que la connerie ne soit pas encore abolie.

Par David Charles - Publié dans : Chamellerie - Communauté : Interlignes
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Samedi 23 août 2008

Je suis ce qu’il est dans une autre vie, un peu marginale, parallèle, rêvée, atemporelle. On se rejoint en instance de songe, au lieu indicible, avant, mais juste avant.

Je ne puis être sans lui, il ne se sentît pas vraiment être sans moi, dont je suis le projet constant.

Nous sommes mêmes, cherchant le silence, la solitude. Ambitieux, certes, mais doutant sans cesser, revenant, traçant, ajoutant. Inlassablement. Il faut que la musique soit !

Nous sommes au centre de l’éternel recommencement, nous savons la durée par-delà les durées, le temps au-dessus des heures, des jours, des siècles.

Tout le travail est là, saisir, relater toute la solitude, le silence, la globalité du temps, de l’espace, en faire l’onguent précieux, puis l’appliquer par petites touches sur le papier.

Il faut, et c’est important, devenir l’autre, afin de pouvoir glaner les mots glacés en suspension, oublier beaucoup, ne plus vivre tout à fait pour tenter le vivant, l’évanescence d’un état tout’art.

Alors nous nous cachons, nous planquons dans toutes les niches possibles, imaginables. Les oasis tranquilles et désertées sont notre recherche première, la condition pour que s’écoule la musique, s’étende l’harmonie.

L’inutilité matérielle de notre travail fascine. À quoi bon essayer d’emprisonner le vent, le silence ?

Mais le sens est ailleurs.

Aussi forts que nous soyons, nous resterons écrits vains.

Par David Charles - Publié dans : Textes - Communauté : Figer le monde...
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Dimanche 17 août 2008

La sujétion n’est plus, a-t-on dit. Ils ont jubilé, crié : liberté, liberté ! Aha, fini le Dieu pointant son doigt accusateur sur les indéfectibles conneries de l’homme.

Le chemin débarrassé de cet empêcheur de tourner en rond, on pensa l’horizon acquis, la science reine, les « logues » divers et multipliables − les besoin sont nombreux − capables de gérer l’espace ainsi délivré de la légende, anxiolytique, excuse, prétexte.

C’est vrai, il y eut des abus, un mélange politico-religieux, une diversification structurelle délétère. On en revint.

Libre, donc, de penser, de faire, d’agir, d’aller, de venir. On était d’ailleurs tout à fait en mesure de placer les garde-fous nécessaires à la survie de l’espèce. Un petit peu de droits, quelques lois adaptables à volonté, une idée plus ou moins précise de ce que la chose devrait être. Hé, hé, on y arrivera, il n’y a aucune raison. Et puis, le ciel fut préhensible, achetable même, tout devint rapidement une question de prix.

On proclame l’individu, on jure de tout faire pour accompagner sa réalisation, on pousse chacun à penser des ciels qu’il doit atteindre à tout prix. C’est bien là sa seule chance de ne pas avoir à subir les affres du sentiment déréistique généré par le mouvement. Les autres, mis au ban, attendent sur les bancs que passent les jours auxquels ils ne sont plus tout à fait. Peu les voient et lorsque cela dérange, on finance sa bonne conscience d’une piécette.
Partout autour, l’agitation se poursuit, fourmilière en urgence.
On fustige les églises, gardiennes d’éternité, de ne pas se mettre au goût du jour voire, d’être carrément passéistes, obsolètes.
La propagande fonctionne bien, elles se vident dans l’indifférence générale. On découvre des scandales malheureux, on en profite pour généraliser. Sois fidèle à ta légende et tais-toi, murmure-t-on dans les milieux stratégiques. Les petites chapelles vides tendent pathétiquement leur crucifix vers un ciel désormais inhabité, sous lequel les êtres errent de projets délusoires en auto-cadeaux électroniques, de renommées rêvées en histoires d’amour amusantes, dans l’espoir de se sentir vivre.

Il n’est plus d’idées maîtresses, d’œuvres. Plus personne ne pense à demain, tous vivent demain. La conception du temps, du travail, de l’existence et des existants s’est emballée. Personne ne va, tous sont projetés, à chaque seconde de leur vie. Et ça plaît, ils songent sans doute échapper à la question qui est.

Le pari de Pascal n’a plus qu’une valeur à peine philosophique. On étudie, on apprend par cœur, on ne sent rien.
Certains voient en cette ère du vide une bénédiction, une chance immense renvoyant l’être face à ses responsabilités.

Nous verrons à l’usage. Tout ce qui s’inscrit dans la durée compte.

En attendant, les églises, inlassablement, tendent leur flèche vers le ciel, reviennent doucement au latin. Ni au-dessus, ni au-dessous des hommes, mais en l’éternité. Elles hésitent à trop commenter les errements éjaculatoires des sociétés en surconsommation par manque de valeur.

Je conjecture un retour en arrière phénoménal. Je parle de décennies, de siècles. Cela dit encore quelque chose à quelqu’un ?

Le pouvant, j’ouvrirais alors une bouteille dans ma tombe.

Par David Charles - Publié dans : Textes - Communauté : Interlignes
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Vendredi 15 août 2008

Sous l’aube grise se dessinent les actes du jour venant. Sous l’aube grise. Sous l’aube grise se précise l’horaire commun dont nous ne sommes plus les maîtres depuis longtemps.

Quelque songe finit de ne plus nous parler, s’estompe, s’évapore. Ne reste que l’image soudaine d’un chien qu’on eût aimé caresser là, tout de suite puis, rien. Le temps manque déjà.

Sous l’aube grise se saisissent parfois des idéaux, des musiques, des vers ; une certaine idée d’harmonie. Or, il convient de ne plus rêver, l’aurore attend, le glissement des secondes en évoque déjà l’impatience transie. Quant aux nouveautés, les changements, les nouvelles n’en sont pas. Sous l’aube grise tous s’apprêtent à recommencer, refaire, redire ; revivre la même vie, relire le même livre, la même histoire sans ponctuation ou presque.

Sous l’aube grise, les âmes soumises vont s’accoutumer. Sous l’aube grise elles s’enlisent, doucement, laissant place à la réflexion, plus adaptée, plus vorace. Les brouillards se dissipent, il le faut, on y pourvoit. On ne survécût pas !

Dans l’aube grise se déplacent, tenaces ! les corps dans le décor interchangeable de leurs minutes.

Tout au fond, là-bas, en l’endroit méconnu, manigance l’aurore, tergiverse le jour. Tout là-bas, en l’endroit que l’on ne sait, s’estiment les forces, se consultent les puissances tandis qu’un fond d’espace répond encore, répond toujours, le tout frêle, le tout frivole, le tout distant ancêtre universel.

 

Par David Charles - Publié dans : Textes - Communauté : Figer le monde...
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Dimanche 10 août 2008

Le mouvement se poursuit et tous de suivre, de lui courir après, d’aller chercher aux confins du monde les servitudes nécessaires à ses appétits féroces.

Les mains se serrent, les sourires fusent devant l’Oeil. On reste courtois, forcément. On sait le mouvement en progression constante, la délégation aux mallettes pleines, qui regarde, analyse, commente !

Alors on sourit, en serrant fort, en serrant bien la main, en regardant bien l’Oeil. Les exactions présumées, les silences obtenus par coercition, les disparitions soudaines et définitives ? Tout cela, bien entendu, n’existe pas, n’a jamais existé et ceux qui le disent fabulent, diffament, blasphèment, délirent. D’ailleurs, on est déjà à leur recherche. Ici, maintenant, cela n’existe pas. On en parlera, sans doute, plus tard, ça ferait mauvaise figure, on pourrait nous accuser de consentir. Mais plus tard, pas maintenant.     

N’est-il pas beau mon sourire ? entraîné des mois durant devant le miroir, sous les regards critiques et précieux de mes coachs. Car j’ai des coachs, pour tout, c’est une manie. Ils m’habillent, me font marcher, serrer des mains, m’apprennent les gestes, les mimiques, les inflexions de voix, les façons de regarder, de manger, de boire, de descendre de voiture, de me sortir d’un mauvais pas éventuel : braguette ouverte, chemise tachée, vent mauvais me décoiffant, poil au nez oublié. Ils m’observent sans cesse, je suis leur terrain d’analyse, leur projet en marche, l’employé employeur. Je… enfin nous payons bien, de surcroît. C’est la règle aujourd’hui, on ne peut plus faire sans, on fût critiqué. Pour ce qui est de la rhétorique, tout va bien. J’ai très tôt appris à mentir. Pour éviter les torgnoles, d’abord, pour flirter ensuite et maintenant, pour augmenter les richesses, percer les marchés, mondialiser notre savoir-faire. Rien de mauvais là-derrière d’ailleurs, tout le monde le fait. Je ne vais tout de même pas paupériser le pays à cause de je ne sais quel problème de conscience ! Je préfère, et de loin, un léger problème de conscience à un conflit d’intérêts. Alors je souris.

J’aime sourire, ça me rend sympathique, ça augmente mon capital confiance et puis ça me permet de passer quand même quelques phrases moins agréable à attendre.

Je me dis parfois être une poupée, une marionnette, un vendeur d’intérêts mais cela ne dure pas. Je m’achète une nouvelle montre ou n’importe quel joujou que je sais d’avance pouvoir m’amuser, suis l’évolution de mes titres, pense que je me retrouve là où j’ai toujours rêvé d’être : tout en haut. Cela vaut bien quelques concessions et puis l’éthique, l’éthique ! ce n’est pas ça qui remplit le panier de la ménagère, hein ? Il faudrait savoir à la fin !

Parfois, avant de m’endormir, je tremble sentant venir les crises majeures, pétrole, eau et compagnie. Nous y travaillons, tout doucement. Je prie de sorte qu’elles n’interviennent pas avant la fin de mon mandat. J’ai des promesses électorales à respecter si je veux être réélu.  

Par David Charles - Publié dans : Textes - Communauté : Interlignes
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Mercredi 6 août 2008

Je bois trop depuis que Rose est partie. Pour certains, c’est le contraire. Plus elle reste,  s’attendrit, se fait aimante, s’incruste quoi, et plus ils boivent. Le monde est mal fait.

Elle est partie avec le gérant de la vinothèque. J’étais bon client. C’est dommage, il ne me restait plus qu’un autocollant à mettre sur ma carte fidélité et j’aurais obtenu un rabais de 20 pourcent sur la prochaine bouteille.

Je deviendrai client de l’année ailleurs car depuis que je bois trop, forcément, je bois plus.

Je remarque que je bois trop parce que ma carte actuelle se remplit plus rapidement que la précédente.

J’ai plus d’hématomes aussi. Quand on boit trop, on se rend compte du nombre d’encoignures que peut receler un appartement. C’est effarant.

Et puis, je ne mange pas assez. En fait si, je mange. Or, je vomis beaucoup.

Je ne bois pas parce que je suis triste, non. Je m’y suis fait. J’ai longtemps été cocu avant d’être quitté. Je bois surtout parce que je m’ennuie. Sans ses reproches, ses longs monodialogues - je réagissais un peu, un petit peu - qui me faisaient, le soir, rater le film, j’ai l’impression d’être perdu. En plus, je n’ai jamais rien su faire de mes dix doigts à part les placer autour d’un verre. Alors comme l’ennui est chose dangereuse, je bois pour oublier que je m’ennuie. Et ça marche ! J’oublie même parfois d’aller bosser mais attention, là c’est plus grave. Pas de boulot, pas de salaire, pas de salaire, pas de bonnes bouteilles. JCQFD, juste ce qu’il faut d’absinthe.

Pour ne pas boire seul, j’allume la radio. J’aime bien la radio. Lorsque j’atteins l’ivresse de croisière, il m’arrive de faire quelques pas de danse sur le tapis du salon, je commente l’actualité à mon frigo : « Merde, plus de bières ! », parle philosophie aux boîtes de conserve qui me conservent : « Manger froid ou réchauffer avant ? », fais des bras d’honneur aux commentaires qui me déplaisent. J’ai découvert, avec l’expérience, un jeu très amusant. Je dis « Je m’en fous » à tout ce qui se dit.

          Demain il fera beau.
          M’en fous !
          Des travaux perturbent le trafic.
          M’en fous !

Parfois, je développe, je nuance, je rends le débat plus piquant d'intelligence :

          Demain il pleuvra
          M’en fous ! Mais je prendrai mon parapluie.
          Le prix du pétrole a dépassé les mille dollars.
          M’en fous ! Mais ça me fait de la peine pour mes voisins qui viennent de s’acheter un tank pour leur famille.

Ça m’occupe, ça me désennuie aussi mais moins, quand même, que la bouteille. C’est bien la radio, c’est un peu comme quand Rose était encore là, ça parle des heures et je ne suis pas obligé d’écouter. Ça tient compagnie. De temps en temps, il y a une publicité. C’est comme quand elle allait aux toilettes.

Parfois, je me dis que je pourrais devenir alcoolique, qu’il faut que je fasse attention mais là, je suis rassuré très vite. Jamais je ne deviendrai alcoolique. Je ne bois que des alcools de première qualité, moi Môssieur !

Parfois, je suis nostalgique. J’aime bien être nostalgique. Ça m’incite à boire. Je pense à Rose.

Je me dis… oui, je me dis :

          Si Rose revient, j’arrête de boire.

On partirait, on irait voir Syrasuze, Rome, Malibu, Bordeaux − on resterait longtemps à Bordeaux.      

(ceci est bien entendu une fiction :-)

Par David Charles - Publié dans : Chamellerie - Communauté : Interlignes
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Dimanche 3 août 2008

 

 

 

          Que pensez-vous de…
          Alors là, je vous arrête. Je ne pense pas, jamais !
          Quoi ? Mais pour quelles raisons ?
          Aucune.
          Il y aura bien une raison, une explication à ce refus !
          Ce n’est pas un refus, c’est un état.
          Drôle d’état.
          Non.
          Vous avez un travail pourtant ?
          Oui.
          Dans ce cas, vous devez penser !                                                       
          Non.
          Comment ça, non ?
          Je réfléchis, nuance.
          Vous réfléchissez !
          Oui, sans fléchir une seconde. On m’apprécie beaucoup d’ailleurs.
          Vos réflexions, n’est-ce pas ?
          Non, parce que je ne pense pas.
          Vous êtes étrange.
          Pas plus qu’un autre qui ne pense pas.
          Il y en a d’autres ?
          Plus que vous ne pensez.
          Vous n’y pensez pas ?
          En effet.
          Il ne vous arrive jamais de vouloir penser le monde ?
          Pour quoi faire ?
          Je ne sais pas moi, pour le plaisir !
          Alors vous pensez que penser le monde fait plaisir.
          Euh !
          Pensez-y !
          Non.
          Vous voyez !
          Et la philosophie alors ?
          Pensez donc, pour quoi faire ?
          Eh bien comprendre, s’instruire, avancer dans la vie.
          Aucun intérêt et puis j’avance chaque jour un peu plus dans la vie.
          Vous avancez ?
          C’est cela.
          Expliquez-moi.
          V ers l’impensable.
          L’impensable ?
          La mort, si vous préférez.
          Cela vous fait peur ?
          Je n’y pense pas.
          Il faut pourtant penser, cela permet de pouvoir changer les choses.
          Les choses ne changent pas, elles s’usent et se jettent.
          Je parlais des choses du monde.
          Moi aussi.
          Vous n’êtes pas très éloquent.
         
          Vous cachez bien votre jeu.
          Je ne pense pas. Je ne joue pas.
          Aha ! Vous venez de faire une relation de cause à effet.
          J’ai répondu à votre question en deux phrases bien distinctes.
          Cela doit quand même représenter un problème dans votre vie, de ne pas penser, non ?
          Il y a des règles, il suffit de les appliquer. N’en faites-vous pas de même ?
          Certes oui. Mais au-delà ?
          L’au-delà me laisse froid.
          Vous vous en foutez, quoi !
          En effet.
          C’est à cause de gens comme vous que le monde va à sa perte !
          J’applique les règles.
          Mais vous savez l’imperfection des règles !
          Il faut les appliquer.
          Mais certaines sont débiles ! Il faut tout repenser.
          Bhen voyons !
          Oui, oui, tout !
          D’autres penseur les ont faites, ces règles, n’est-ce pas ?
          … euh, oui, oui.
          Il se sont trompés dans leurs pensées alors ?
          Certes… Oui. Aha, vous allez me dire alors que penser ne sert à rien puisque tout peut être soudain remis en question.
          Vous pensez à ma place.
          Et alors ?
          A quoi bon penser, on pense pour soi.
          Souvenez-vous donc, Descartes, je pense donc je suis. Si vous ne pensez pas, vous n’êtes rien !
          C’est vous qui le dites.
          Vous pourriez être fou.
          Je pourrais.
          Et cela ne vous gêne pas ?
          Je n’y pense pas.
          Vous m’énervez, changeons de sujet.
          Je vous en prie.
          Vous aimez les fleurs ?
          Beaucoup, les pensées surtout.
          Vous le faites exprès ?
          Vous m’avez posé la question.
          Je pensais interroger un philosophe.
          On dit : va chercher les œufs.
          Pardon ?
          On ne dit pas : file aux z’œuf, mais : va chercher les œufs.
          Vous êtes fou.
          Mais j’ai plein d’amis. Je fais partie des fous alliés.
          Passons à autre chose, il nous reste une minute d’antenne.
          Que faites-vous dans la vie ?
          Je vis.
          Je reformule : quel métier vous avoir ?
          Je panse.
          Vous vous foutez de moi ?
          Je reformule, je suis aide-soignant.
          Moi qui pensais que vous aviez besoin de soins…
          Et vous ?-
          Je ne sais plus quoi en penser.
          Ah, vous voyez !

 

 

 

Par David Charles - Publié dans : Chamellerie
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Dimanche 3 août 2008

J’ai l’âme romantique, dévastatrice, puissante. Elle est océan, cyclone et volcan.

Mes sentiments vous tueraient, mes émotions vous écraseraient. Un visage, un accord, un texte, bref, une rencontre, m’expédient sur-le-champ aux lumières glaciaires des espaces infinis, la poitrine haletant, le sternum éclaté.

Je ne supporte ni le calme ni la tendresse, je veux exploser à chaque minute de ma mort.

Je suis fou, je suis caduc, je transpose les songes nuitamment imposés, je ne dors plus, je veux les vivre éveillé ! je sais le monde contraire, vivant le cauchemar, rêvant, velléitaire au possible, les rémissions auxquelles il n’aura droit, malgré les séances propitiatoires dominicales.

Il alimente, le monde, ce qui fomente dans les degrés divers de ma folle lucidité. Le dégoût, surtout, est omniprésent, la beauté, valétudinaire voire, cadavérique. De partout souffle le vent noir de la peste. Que voulez-vous que j’y reste, dans ce monde !

Le corps, le corps, le corps ! C’est bien lui qui m’oblige aux damnations de vos errances acrobatiques et bien trop théoriques pour être honnêtes. Je ne mange plus, je ne dors plus, je finirai bien par le crever, ce corps !

Je veux le savoir pourrir, en saisir ainsi l’inutilité. Je veux le voir mourir et m’évader enfin, ne plus savoir, rien !

Alors je serais dans l’œil du cyclone, je serais l’œil du cyclone, je saurais la tourmente passagère, l’immobilisme éternel, je verrais, je vivrais.

 

(nota pour ceux qui me connaissent − très peu − et lisent mon blog − moins encore − : ce petit texte est figure de style alors n’allez pas imaginer des nœuds coulants, des prises inconsidérées de pilules ou des canons sciés. Tout va bien, si, si… pour l’instant) 

Par David Charles - Publié dans : Textes - Communauté : Figer le monde...
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