Lundi 13 avril 2009
J'ai souvent ressenti ce désir profond de marcher l'Europe de l'ouest avec, comme il se doit, bourdon et chapeau.
Mon chargement ne serait pas bien lourd, je partirais lège, quasi. Et les rencontres que je ferais suffiraient délicieusement à mon parcours, bien entendu solitaire.

Je marche, mais avant tout, je vois, j'entends, je respire et peut-être m'arrêté-je pour gratter quelques lignes. J'ai mon carnet, compagnon, ami, passe-partout, billet pour multiples destinations. Dévotes attentions. Ce n'est pas une histoire de croyance tout en étant une grande histoire de foi. Ce ne sont pas les reliques, c'est ce qu'étaient les reliques. Après, qu'elles fussent "encathédralées" ou restées introuvées et prétendues légendaires, cela n'a pas d'importance. Tout comme le fait qu'il s'agît d'hommes ou de femmes. Le souffle poussant était le même.
Il est tout, dans ce souffle, cet inaudible murmure.
Il est d'autant plus important de le noter qu'est fort le vent - le vent ! - mugissant ces siècles sur la planète.

La plaine est immense, sans fin, hérissée d'herbe rase, timide. C'est à peine si quelque arbre ose en surgir. C'est à peine, de surcroît, si les mots s'osent. Le murmure, déjà ? Laissons venir, continuons sans hâte.

Aubes et crépuscules marquent mes mouvements. Il n'est pas d'autre vérité que celle-ci et si je m'égare, je suis vite rassuré. On ne m'attend pas. Tout va bien.

J'accueille des villes - vite fuies -, des villages plutôt sympathiques, des mémoriaux que j'oublie sur-le-champ pour n'en garder que le parfum, l'oblicité de la lumière s'y reposant. Je mélangerai, plus tard. C'est une constance. Je verrai du soleil dans la pluie et des aurores à la place des midis. Je ne serai qu'à peine celui qui écrira, tant est grande la dominance du tableau surgissant.

Si la destination est fixée, je suis à chaque instant au but. Le projet est permanent, le trajet interminable. La non-fin se déroule, se découvre, s'invente aussi, au fur et à mesure que s'estompent les questions; inutiles en l'occurrence.

Je suis dans la réponse, la mémoire, la mémoire entière est donnée... et je me réjouis de n'être pas seul, tout à fait, sur la route. 
 
Par David Charles - Publié dans : Textes - Communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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