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Tout rendre, ne rien garder sinon un peu de chaleur que la nuit oubliera. Prendre d’hier au présent des flexions d’autrui, qui les prirent d’hier en leur présent d’antan.
Fléchir à nouveau ne revient qu’à donner du passé l’image qu’un passé propre a déformée.
Les mots ne peuvent jamais rien peindre qui ait déjà été peint, ne peuvent être dépassés qu’au risque de briser le sens.
D’hier à aujourd’hui se définit le sens du sens. Hier est ce qui est su, dans lequel on puise pour dire aujourd’hui .
Ce n’est pas le présent.
Le présent semble coincé entre hier, qui dit aujourd’hui, et demain qui dira aujourd’hui.
Ce n’est toujours pas le présent.
Le présent est, au dehors de toute mémoire, de tout sens, la réalité inexprimable.
Mélanger tous les sens − les corrompre −, c’est désirer exprimer l’inexprimable de la réalité.
Certains l’ont tenté.
Le mot reste, néanmoins. Mémoire. Il murmure un sens en deçà de la proposition qui n’atteint ainsi son but qu’en partie.
On veut toujours comprendre. Ce devoir de vouloir comprendre nous apaise et nous damne en même temps.
Peut-être avons-nous si peur de nous retrouver seul qu’il nous est un soulagement de se dire que même si cela advenait, nous aurions encore cette compagnie venant du passé. Notre peur du vide est immense.