Dimanche 10 juillet 2011 7 10 /07 /Juil /2011 10:22

J’écris dans le sable ce qu’évoque le vent du désert : aucun projet. Pas d’objet. Point de repère. Cela signifie qu’il n’est de lieu où demeurer, où être.

Aucun chez soi.

Chez soi n’est jamais chez soi. Tout ce qui est extérieur à soi n’est pas chez soi. Un bâtiment, un pays, une idée.

Soi-même.

 

Je crois qu’on nomme idiosyncrasie ce qui désigne le plus près de l’intime. Un mélange particulier, antérieur, qui fait ce que nous sommes.

Nous sommes devenus. Nous ne serons jamais que ce que nous serons devenus.

Un mélange particulier issu du passé fait ce que nous sommes. Il en résulte une longueur de retard. Au contraire du vent. Au contraire du sable. Or, il y eut ce mouvement des masses d’air, or le sable peut se décliner en atomes auxquels on découvrira un jour une mémoire ; sans doute.

 

Il n’y a pas plus de solitude ici qu’ailleurs dans la foule. Il n’y a, il n’est, que ce qui est et qui ne peut se dire.

Pas d’objet. Pas d’isolé comme dans ce pandémonium de plus en plus policé où nous tentons d’exister, emportés dans un processus chronique d’amélioration, de perfectionnement. Nos êtres sont des machines dont le corps fut exploité, dont l’esprit est gouverné par des experts à la science desquels on feint de croire plus qu’à la réalité. La parole de l’esprit n’est depuis longtemps plus source d’étude. Ce qui est étudié est la manière de le captiver afin de le capter. Le processus d’amélioration, de perfectionnement, est l’une de ces ruses.

Ces projections, cependant, aveuglent plus qu’elles n’informent. La plupart des projets enchaînent plus qu’ils ne servent. Serait-ce l’une de leurs fins ?

 

Le vent. Le sable. Aucun projet, pas d’objet. Aucune domination.

Comment contrôler, conduire ce qui est extérieur à soi alors que « je » ne sait même pas qui est « soi » ? Comment vouloir considérer comme sien quoi que ce soit puisque même « soi » n’est pas sien ? Nous préférons fuir que de tenter d’y songer.

Nous projetons immédiatement au futur ce que nous disons au présent qui est la projection de ce qui n’est plus. Nous ne voulons plus être là.

 

Nous fuyons l’une de nos responsabilités les plus essentielles.

Nous inventons des structures qui nous divertissent, nous enlèvent à l’idée de cette longueur de retard qui ne peut être comblée. Nous alourdissons le handicap en complexifiant tout. Mais plus d’informations exigent plus de mémoire, creusent de plus l’abysse, augmentent la longueur de retard. Les experts voient le grain de sable − gênant leur dessein ? Pas le désert.

Nous souffrons d’un complexe de complexité. Les errances, parfois induites, ont rempli des codes devenus plus épais qu’une Bible, plus longs que tous les codex encore à trouver. Parce que souffre la mémoire, parce qu’elle n’est plus gérable. De les stocker dans des bases de données informatiques ne soulage en rien.

 

Le désert évoque un silence, une vacuité au-delà des urgences prétextes de nos existences. Les mots pour décrire alors ce qui n’est même pas un sentiment n’existent pas. Ils pourraient provenir du vocabulaire ecclésiastique. Ils pourraient être empruntés aux mystiques, à celui, à celle qui a renoncé à tout, soi y compris, à toute image, à toute idée d’un Dieu éventuel. Dieu n’est pas Dieu s’il n’est qu’éventuel.

Il est bon de n’avoir plus rien à défendre. Il est bon de n’être plus projeté, jeté en avant, puis simplement jeté. Si l’angoisse − ultime ruse − s’installe alors, elle ne dure pas.

 

J’écris dans le sable du blog ce que rapporte le vent tournant autour du globe. Point de repère, ni de repaire. C’est quand l’ont est partout étranger, que tout est étranger, que s’ouvrent les yeux. C’est la solitude dans l’immense. D’où l’angoisse.

Mais vivre l’abandon est ne plus être entravé.

Il y a quelque chose qui n’est pas quelque chose dont la découverte efface tout. Le vent se mêle au sable qui s’inonde de ciel. Chacun des éléments s’annihile, forme un tout plus complet, extrêmement simple, logique. L’image toujours sue devance la pensée qui, soulagée, ne tient immédiatement plus à transcrire, à traduire. L’imaginable est dépassé sans qu’aucun projet, qu’aucun objet ne soit en cause.

Ecrire, ainsi, n’est pas se dire, ni dire, mais tenter de voir. Le vent effacera ce qui a été vu laissant à d’autres le soin de tenter l’expérience non méthodique, sans cesse neuve et autre du vivant.

 

Alors le présent n’a plus d’imparfait, alors il importe peu que le vent supprime les symboles qui ne signifient plus rien de n’être plus chargés de rien.

 
Par David Charles - Publié dans : Chamellerie - Communauté : Interlignes
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